
Certaines routes sont faites pour battre des records personnels, d’autres pour dialoguer avec soi-même. Pour moi, le mont Wuzhi a toujours appartenu à la seconde catégorie.
Un, la montagne aux cinq doigts ouverts, l’origine du nom Wuzhi
En entendant pour la première fois le nom « mont Wuzhi », on pense instinctivement à la montagne qui retient le Roi Singe dans les romans de chevalerie. Mais ce mont Wuzhi de Xizhi, dans le Nouveau Taipei, tire son origine d’une réalité bien plus terrestre — car cinq sommets s’y alignent, et vus de loin sous un certain angle, le relief évoque une main ouverte, aux cinq doigts bien distincts, d’où son nom. Ce type de toponyme né d’un contour géographique n’est pas rare dans le système des collines périurbaines de Taïwan, mais rares sont ceux qui, comme le mont Wuzhi, suffisent à faire surgir une image dans l’esprit rien que par leur nom.
Le mont Wuzhi se situe à la frontière montagneuse entre Xizhi et Qidu, dans le Nouveau Taipei, et jouit d’une belle notoriété parmi les collines périurbaines du Grand Taipei. Ce n’est pas une montagne dotée d’un statut administratif de niveau parc national ni d’infrastructures touristiques comme le mont Yangming, et ce n’est pas non plus un « spot Instagram » qui ferait la une des magazines de voyage. C’est plutôt un ancien discret du quartier — le relief n’a rien d’extraordinairement majestueux, mais il se dresse solidement en bordure du bassin du Grand Taipei, accueillant avec une humilité presque rustique quiconque est prêt à faire l’effort d’y grimper.
Pour les cyclistes, la signification du mont Wuzhi est encore plus concrète. Dix kilomètres de distance, 839 mètres de dénivelé positif : dans l’ensemble du système de collines périurbaines du Grand Taipei, c’est le genre de combinaison qui « ne demande pas une journée entière, mais fait vraiment transpirer ». Cela n’accapare pas tout votre week-end, mais en un peu plus d’une heure, vous vivez une transition complète, des abords de la ville au cœur de la forêt.
Deux, Xizhi : une ville façonnée par la vallée de la rivière Keelung
Pour comprendre le mont Wuzhi, il faut d’abord comprendre le caractère géographique de Xizhi. Xizhi se trouve dans la vallée de la rivière Keelung ; autrefois, en raison du transport fluvial et du terrain bas, le développement urbain était étroitement lié à la rivière — c’est d’ailleurs l’origine du nom « Xizhi », qui serait lié aux caractéristiques topographiques associées aux marées montantes et descendantes de la rivière.
Partir à vélo du centre de Xizhi en direction du mont Wuzhi, c’est en réalité une leçon de géomorphologie : une ascension progressive de la plaine fluviale vers la crête des collines. Les immeubles et la circulation du centre-ville s’espacent peu à peu, remplacés par des silhouettes de montagnes qui s’empilent, et par endroits des taches de lumière filtrant à travers les cimes. Cette transition rythmique de la « ville des hommes » à la « ville des montagnes » est un charme commun que je ressens sur beaucoup d’itinéraires de montée en périphérie urbaine, et le mont Wuzhi condense ce processus de manière particulièrement dense — en seulement dix kilomètres, l’ampleur des changements environnementaux que vous percevez est bien plus brutale que ce que l’on imagine.
Dans la métropole du Grand Taipei, Xizhi joue depuis longtemps le rôle de « plaque tournante des transports et de bassin de vie », proche de Keelung et du centre de Taipei, avec une importante population de navetteurs. C’est précisément pour cela que, pour de nombreux cyclistes vivant à Xizhi ou dans les environs, le mont Wuzhi n’est pas un « objectif d’expédition » qui exige un long voyage, mais plutôt un « jardin d’arrière-cour » où l’on peut commencer à grimper après avoir tourné à quelques intersections. Cette accessibilité de proximité fait du mont Wuzhi un lieu de rendez-vous régulier pour de nombreux cyclistes locaux, le week-end ou même en semaine en fin d’après-midi.
Trois, le départ : la transition du rythme cardiaque de la plaine à celui de la montagne
Cet après-midi-là, au départ, le ciel était de ce type de temps courant des après-midis d’été dans le bassin de Taipei : une couche nuageuse épaisse sans pour autant masquer complètement le soleil. Je n’avais pas consulté les prévisions météo en détail, je me suis fié à mon expérience pour juger qu’il ne pleuvrait probablement pas, et j’ai pris la route du mont Wuzhi.
Le début de l’ascension n’a rien d’effrayant ; la pente est si douce qu’on en oublie presque qu’on est en train de grimper. Les habitations des deux côtés s’espacent, des feuilles mortes et des ombres entrelacées commencent à apparaître sur l’asphalte, et l’humidité de l’air passe peu à peu de la moiteur étouffante du centre-ville à la fraîcheur propre à la montagne, chargée de senteurs végétales. J’ai roulé ce tronçon très détendu, avec même le loisir de prêter attention aux chants d’oiseaux qui surgissaient parfois au bord de la route, et aux silhouettes de crêtes qui se devinaient au loin.
Mais cette détente a commencé à subtilement changer une fois entré dans la partie médiane de l’itinéraire.
Quatre, tantôt raide, tantôt doux : un bras de fer avec son propre état d’esprit
Si vous me demandez quel est mon souvenir de cyclisme le plus marquant sur le mont Wuzhi, je dirais cette boucle répétitive : « je croyais être presque arrivé, et voilà qu’un autre raidillon se présente ».
Pour décrire le relief de cet itinéraire, les chiffres sont peut-être les plus directs — sur 10 kilomètres, on y concentre 839 mètres de dénivelé positif. Si l’on se contentait de multiplier la distance par la pente moyenne officielle de 5,7 %, on estimerait théoriquement une ascension d’environ 570 mètres. Mais le dénivelé réel dépasse largement ce chiffre ; converti, la pente effective équivalente de cette route approche en réalité les 8,4 %. Cela signifie que ce n’est absolument pas un parcours « à montée régulière et douce », mais qu’une portion considérable du trajet présente des pentes bien plus raides que ce que les chiffres de surface laissent paraître.
Ce décalage entre « les chiffres et la sensation corporelle » est en réalité plus difficile à gérer que la fatigue physique. Sur les sections à pente douce, on se fait une illusion du type « cette route n’a pas l’air si difficile que ça », puis au virage suivant, on peut se retrouver face à une montée qui enflamme instantanément les cuisses. Cette sensation d’être pris au dépourvu ressemble beaucoup à une relation avec une personne à l’humeur imprévisible — on ne peut jamais deviner quel visage elle nous montrera l’instant d’après.
Je me souviens qu’au milieu du parcours, il y a une série de raidillons où la pente s’accentue nettement, le rythme de pédalage chute malgré moi et la respiration devient plus lourde. À ce moment-là, la pensée qui m’a traversé l’esprit n’était pas un slogan enflammé du genre « allez, fonce », mais un dialogue intérieur plus réel, plus calme — « bon, c’est ça, la vraie nature de cette route, accepte-la, puis avale-la mètre par mètre ».
C’est souvent là que réside ce que l’ascension à vélo a de plus fascinant et de plus éprouvant. On ne peut pas créer de la force par la seule volonté ; tout ce qu’on peut faire, c’est affronter honnêtement chaque pente du moment présent, ajuster sa respiration, ajuster son rythme de pédalage, puis continuer d’avancer. Un terrain tantôt raide, tantôt doux, fonctionne en quelque sorte comme un miroir, révélant notre réaction réelle face à l’incertitude — est-ce qu’on panique et on veut tout donner d’un coup, ou est-ce qu’on accepte de ralentir le rythme et de bien manœuvrer avec la montagne.
Cinq, la végétation et les points de vue : la compensation visuelle du mont Wuzhi
Bien sûr, la difficulté de la montée n’est pas tout ce que cet itinéraire a à offrir. Si le mont Wuzhi maintient une certaine réputation dans le milieu cycliste du Grand Taipei, ce n’est pas seulement grâce à sa « dureté », mais aussi à la compensation visuelle offerte par les paysages en chemin.
À mesure que l’altitude augmente, la végétation au bord de la route change subtilement. Les essences de feuillus communes aux basses altitudes se mêlent progressivement à des strates de végétation différentes à mesure qu’on s’élève ; la forêt naturelle préservée de la montagne est assez riche, et sur les sections à l’ombre des arbres, la lumière du soleil est découpée en fines taches qui se répandent sur l’asphalte, créant un rythme visuel presque méditatif — surtout au moment où l’on vient de franchir un raidillon et où l’on a besoin de ce rythme visuel et respiratoire pour retrouver sa cadence de pédalage.
Mais ce qui pousse vraiment à revenir sans cesse sur le mont Wuzhi, ce sont les points de vue dégagés en chemin. Lorsqu’on atteint une section à la vue panoramique et qu’on se retourne, le cours sinueux de la rivière Keelung et les immeubles superposés du bassin de Taipei se déploient sans crier gare sous vos yeux. Ce contraste psychologique instantané, passer de « lutter contre la pente » à « être saisi par le paysage », est une sensation intense que je n’ai jamais éprouvée sur des itinéraires plus plats.
Je me souviendrai toujours de cet après-midi-là, à un point de vue, où je me suis arrêté, reprenant mon souffle et me retournant vers le chemin parcouru. Tout le bassin du Grand Taipei s’étendait sous mes pieds ; au loin, les gratte-ciel prenaient une teinte gris-bleu pâle dans la lumière de l’après-midi, et la rivière Keelung serpentait comme un ruban d’argent à travers la trame urbaine. À cet instant, toutes les courbatures et les frustrations de la montée semblaient s’être diluées en grande partie dans ce tableau. C’est sans doute là ce que les routes de collines ont de plus juste — elles vous font payer tant d’efforts, mais elles vous rendent souvent autant d’émotion en paysages à la hauteur de votre peine.
VI. Ce que cette route signifie pour les cyclistes : l’itinéraire d’évasion le plus proche de la ville
Pour ceux qui vivent dans le grand Taipei, en particulier dans des villes à forte densité de navetteurs comme Xizhi, la vie quotidienne est facilement découpée en un cycle fixe de « travail, trajet, retour à la maison ». Les itinéraires de montagne périurbains comme Wuzhi Mountain ont une base de fidèles stable dans le monde du cyclisme et même dans le sport de plein air en général, en partie parce qu’ils offrent une « évasion à portée de main » — pas besoin de poser un jour de congé, pas besoin de planifier un long voyage, il suffit de sortir de chez soi, de tourner au coin, et en un peu plus d’une heure, on vit une transition complète de l’agitation urbaine au silence de la montagne.
Pour de nombreux cyclistes navetteurs, dont la vie de semaine est remplie par le travail, grimper Wuzhi Mountain tôt le matin ou en fin d’après-midi le week-end devient un moment quasi rituel de dialogue avec soi-même. La montée elle-même exige une concentration intense sur la respiration, la cadence et le jugement immédiat de la pente. Cette concentration forcée permet paradoxalement de s’éloigner temporairement des soucis récurrents du travail et de la vie. Pendant que la sueur coule, c’est comme si le bruit accumulé de la semaine était également rincé.
C’est aussi ainsi que je perçois Wuzhi Mountain. Ce n’est pas un « grand défi » qui exige une tenue de cérémonie ou une planification plusieurs semaines à l’avance, mais plutôt un vieil ami avec qui on peut toujours prendre rendez-vous — vous savez qu’il vous fera souffrir, mais vous savez aussi qu’après l’ascension, cette sensation d’être vidé et réorganisé corps et âme vaut la peine d’y revenir encore et encore.
VII. Les visages saisonniers de la montagne
Le paysage de Wuzhi Mountain n’est pas immuable. Au fil des saisons, la montagne révèle des visages radicalement différents, et c’est l’une des raisons pour lesquelles les cyclistes locaux sont prêts à y retourner sans cesse.
La saison des brumes et des nuages, en particulier pendant les périodes de forte humidité, le brouillard s’installe facilement le matin ou en début d’après-midi dans les zones montagneuses. La route entière est enveloppée dans une fine couche de brume. Bien que la visibilité soit limitée, cela confère aux paysages forestiers une poésie vaporeuse — pédaler au milieu, c’est comme traverser une peinture à l’encre.
La saison des herbes de la pampa balancées par le vent, sur certaines sections ouvertes et ensoleillées, les herbes de la pampa se balancent au gré du vent, scintillant d’un éclat argenté sous la lumière oblique du soleil. C’est un spectacle saisonnier courant des collines périurbaines du grand Taipei, mais qui ne lasse jamais.
La saison des érables rouges, lorsque les températures se rafraîchissent, sur certaines sections à plus haute altitude où la végétation change nettement, on peut parfois capturer les couches de couleurs des feuilles qui virent au rouge et au jaune, ajoutant une chaleur chromatique à une forêt dominée par le vert.
Les moments précis de ces changements saisonniers et les meilleurs tronçons d’observation varient chaque année en fonction du climat et des précipitations. Il est recommandé aux cyclistes souhaitant capturer un paysage saisonnier particulier de se fier aux conditions réelles sur place et aux dernières informations partagées par les communautés locales avant de partir, sans s’attacher à des mois fixes. Mais une chose est sûre : Wuzhi Mountain ne vous accueille jamais avec le même visage, et c’est l’une des raisons pour lesquelles elle mérite d’être gravie encore et encore.
VIII. Suggestions d’activités complémentaires : prolonger la sortie en une journée de week-end complète
Si le temps et l’énergie le permettent, les environs de Wuzhi Mountain offrent de nombreuses autres activités qui méritent d’être intégrées à l’itinéraire, pour que la montée ne soit pas simplement un cycle monotone de « montée, descente, retour à la maison ».
Xizhi elle-même possède de nombreuses spécialités culinaires populaires et des snacks de marchés traditionnels, parfaits pour reprendre des forces et se récompenser après la sortie — les établissements et plats précis évoluent avec le temps, il est donc recommandé de se fier aux visites sur place ou aux dernières recommandations des communautés locales, plutôt qu’à des listes obsolètes.
Les environs de Wuzhi Mountain ne manquent pas non plus de sentiers de randonnée. Pour ceux qui aiment combiner vélo et randonnée en une activité de plein air composite, si vous avez encore de l’énergie après la sortie, n’hésitez pas à consulter les informations sur place concernant les sentiers à proximité et à planifier une courte randonnée pour redécouvrir la montagne d’une manière différente.
Qu’il s’agisse de gastronomie ou de détails sur les sentiers, il est recommandé de se fier en dernier recours aux annonces officielles et aux conditions réelles sur place. L’essentiel de cet article reste, en fin de compte, ce moment passé sur Wuzhi Mountain, en dialogue avec soi-même.
IX. La manière de dialoguer avec la montagne : le basculement psychologique de la résistance à l’acceptation
En y repensant, j’ai vécu sur Wuzhi Mountain plus d’une fois ce processus de basculement psychologique, et presque à chaque fois le schéma est similaire. Au départ, c’est léger, avec une pointe d’excitation liée à l’exploration ; dans les pentes raides du milieu, une émotion proche de la résistance apparaît — « pourquoi ça redevient raide ici », « on m’avait dit que la pente moyenne n’était pas si terrible » ; puis, à un point critique où la cadence menace de tomber à un niveau où l’équilibre devient impossible, l’émotion bascule soudain vers un calme proche du lâcher-prise — on ne lutte plus contre la pente, on se contente de tourner les pédales, rond après rond, purement et simplement.
Ce basculement psychologique est en réalité très intéressant à observer. J’ai fini par comprendre que, bien souvent, la partie la plus douloureuse d’une montée n’est pas la douleur musculaire, mais l’anxiété psychologique face à « l’inconnu de ce qui reste à grimper ». Quand on ne sait pas si le prochain virage sera une pente douce ou un mur raide, cette incertitude épuise continuellement l’énergie mentale, et elle peut briser quelqu’un bien avant la charge physiologique réelle.
Or, Wuzhi Mountain est précisément une route experte dans la création de ce type d’incertitude. Elle ne vous dit pas honnêtement « les deux prochains kilomètres sont en pente douce, vous pouvez accélérer en toute confiance ». Elle lance toujours un virage inattendu au moment où vous pensez l’avoir comprise. Avec le temps, ce que j’ai appris, ce n’est pas à « prédire » cette route, mais à « accepter » son imprévisibilité — chaque virage est traité comme une inconnue, chaque section de pente est abordée avec les sensations du moment, plutôt que de prolonger par inertie le rythme de la section précédente.
Ce changement d’état d’esprit a, dans une certaine mesure, infiltré discrètement certains moments de ma vie quotidienne. Le travail et la vie sont de toute façon remplis de variables impossibles à maîtriser à l’avance. Plutôt que de s’angoisser à vouloir contrôler chaque détail à l’avance, une approche plus pragmatique consiste peut-être à faire comme face aux pentes raides de Wuzhi Mountain — abandonner l’obsession de la certitude, se concentrer sur chaque petit geste possible dans l’instant présent, et tourner les pédales, rond après rond, jusqu’au bout du chemin qui s’offre à nous.
X. La descente au crépuscule : un paysage radicalement différent
Si la montée de Wuzhi Mountain met à l’épreuve l’endurance et la résilience mentale, la descente, elle, offre une expérience radicalement différente, presque thérapeutique.
J’aime particulièrement choisir de terminer l’ascension et de commencer la descente à l’approche du crépuscule. À ce moment, l’angle du soleil devient bas et doux. La lumière éblouissante de midi se transforme en une teinte chaude orangée qui se répand sur la forêt et la chaussée, créant de longs jeux d’ombre et de lumière. La vitesse de la descente combinée à la brise fraîche de la montagne qui balaie le visage emporte avec elle la sueur et la chaleur accumulées pendant la montée. Cette sensation d’euphorie efface presque instantanément tous les souvenirs de douleur de l’ascension.
En descendant depuis les points de vue près de la crête, la vallée de la rivière Keelung et la vue nocturne du bassin de Taipei se rapprochent progressivement à mesure que l’altitude diminue. Les lampadaires et les lumières des habitations s’allument un à un, contrastant radicalement avec le contour urbain gris-bleu observé en journée, et apportant une chaleur et une effervescence de vie. Cette transition du silence de la montagne vers les lumières de la ville est en soi une sorte de tampon émotionnel — un moment pour ranger tranquillement ses pensées avant de revenir officiellement au rythme de la vie quotidienne.
La descente exige bien sûr de rester vigilant. Les routes de montagne comportent de nombreux virages, la visibilité est réduite sur certaines sections par l’ombre de la végétation, et la lumière change rapidement au crépuscule. Il est impératif de contrôler sa vitesse et de freiner à l’avance. La sécurité reste la priorité absolue sur tout itinéraire de montagne périurbain — aucun paysage ne vaut plus que de rentrer chez soi sain et sauf.
XI. Pour ceux qui n’ont jamais gravi Wuzhi Mountain
Si vous êtes un cycliste qui n’a jamais gravi Wuzhi Mountain et que vous lisez ces lignes, vous vous demandez peut-être si cet itinéraire vaut vraiment le détour. Ma réponse est la suivante : si vous cherchez un itinéraire qui permette, en peu de temps et de la manière la plus compacte, de vivre la transition complète de « la ville à la montagne », Wuzhi Mountain est un choix très honnête — si honnête qu’elle vous rappellera, par ses chiffres de dénivelé réel, de ne pas vous laisser berner par l’apparence trompeuse de sa pente moyenne modérée.
Ce n’est pas le genre d’itinéraire dont vous aurez envie de poster immédiatement sur les réseaux sociaux pour vous vanter de votre vitesse moyenne. Mais c’est très probablement le genre d’itinéraire où, lors d’un crépuscule silencieux, debout seul à un point de vue en contemplant l’ensemble du bassin du grand Taipei, vous vous direz soudain « cette sortie en valait vraiment la peine ». Cette valeur est difficile à mesurer en données ou en performances, mais c’est précisément la raison pour laquelle de nombreux passionnés de cyclisme de longue date sont prêts à revenir sans cesse sur la même route familière.
J’ai aussi rencontré des amis qui, avant leur première tentative sur Wuzhi Mountain, avaient spécialement consulté les données de base de l’itinéraire en ligne. Voyant une pente moyenne de seulement 5,7 %, ils s’y sont rendus avec un esprit relativement léger, pour être pris au dépourvu par les pentes raides successives du milieu, se plaignant à moitié en plaisantant après la sortie que « cette route est une arnaque ». En réalité, cet itinéraire n’a jamais trompé personne — les 839 mètres de dénivelé sont écrits noir sur blanc. Simplement, la plupart des gens ont l’habitude de ne regarder que ce chiffre de pente moyenne qui semble amical, en négligeant la véritable relation de conversion entre la distance et le dénivelé total. C’est aussi pourquoi je tenais particulièrement, dans cet article, à expliquer honnêtement cet écart entre les chiffres et les sensations — non pas pour effrayer les cyclistes qui veulent relever le défi, mais pour que chaque personne qui s’apprête à partir le fasse avec une préparation mentale adaptée à la difficulté réelle, avec moins de frustration face à l’imprévu et plus de satisfaction concrète après la conquête.
Douze — Le sens de rouler seul : un moment pour être avec soi-même
La plupart du temps, je choisis de gravir le mont Wuzhi en solitaire. Ce n’est pas que je rejette l’ambiance animée des sorties en groupe, mais le rythme particulier de cet itinéraire semble spécialement adapté à une introspection tranquille. Pas d’allure à suivre pour s’adapter aux autres, pas de conversation qui détourne l’attention — chaque micro-ajustement entre la respiration et la cadence ne doit répondre qu’à son propre corps.
Pendant l’ascension en solitaire, les pensées dérivent naturellement vers des recoins habituellement noyés sous le quotidien — les problèmes en suspens au travail, les émotions pas encore digérées dans la vie, ou même les nouvelles d’amis qu’on n’a pas contactés depuis longtemps. Chose étrange, ces pensées ne provoquent pas l’anxiété qu’elles auraient devant un bureau ; au contraire, dans le rythme régulier de la cadence et de la respiration, elles se démêlent peu à peu. Peut-être parce que le corps est occupé à affronter la pente immédiate, le cerveau gagne une rare marge de manœuvre, capable de traiter sans pression ces réflexions habituellement mises de côté.
C’est sans doute une autre raison pour laquelle je reviens sans cesse au mont Wuzhi — ce n’est pas seulement un parcours pour renforcer sa condition physique, c’est aussi un lieu fixe, propice au dialogue avec soi-même. À chaque ascension terminée, je ramène à la maison non seulement des jambes endolories, mais aussi un état d’esprit un peu réordonné.
Conclusion : la montagne ne parle pas, mais elle se souvient de tes passages
Cet après-midi-là, en quittant le mont Wuzhi, le vent hurlait à mes oreilles dans la descente, emportant avec lui la sueur et la chaleur accumulées pendant la montée. De retour sur le plat, en me réinsérant dans la circulation trépidante de la ville, j’ai soudain réalisé que ces 10 petits kilomètres portaient une expérience bien plus riche que ce que leur simple chiffre laissait supposer — les défis d’un terrain tantôt raide tantôt doux, la vue spectaculaire qui se déploie soudain aux points de vue, et ces dialogues intérieurs menés avec moi-même pendant l’ascension, que personne d’autre ne pouvait entendre.
Le mont Wuzhi ne se souviendra pas de combien de fois tu l’as gravi, mais toi, tu te souviendras de chacun de ses visages différents — parfois si doux qu’on le croirait surévalué, parfois si raide qu’on doute de son choix à mi-pente. C’est sans doute ce qui rend ce type d’itinéraire de montagne périurbaine si fascinant : il est assez proche pour qu’on puisse y aller à tout moment ; et il a assez de caractère pour qu’on ne le connaisse jamais vraiment à fond.
Si tu habites aussi dans le Grand Taipei et que tu n’as jamais gravi le mont Wuzhi, trouve un après-midi où le temps est relativement stable, et pars. En te fiant aux conditions réelles de la route et aux dernières informations météorologiques, pense à emporter assez d’eau, et garde aussi un peu d’énergie pour les surprises de la fin — il te récompensera de tous tes efforts avec un panorama complet sur la vallée de la Keelung et le bassin de Taipei.
Lectures complémentaires
- Guide pratique du mont Wuzhi : 10 km, 839 m de dénivelé, ne te laisse pas berner par la « moyenne de 5,7 % »
- Le mois de mai blanc sur la route des fleurs de tung : balade tranquille et paysages locaux sur la route Xiding
- De Xizhi à Pingxi, 793 mètres : un sentier hors du temps caché dans la vallée
- Guide du mont Wufen : 10,28 km, 577 m de dénivelé, le manuel du rythme parfait
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