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Récit de la 18e étape du Tour de France 2026 : Valloire → Aussois-Mélezet — Carapaz s'échappe en solitaire dans les montagnes d'Ocania

賽事分析

一、Profil de l’étape : le premier volet du triptyque alpin

Le 23 juillet 2026, la 18e étape du Tour de France s’élance de Voiron, dans le département de l’Isère, pour filer vers le sud à travers les contreforts du massif du Vercors, le plateau de la Matheysine et la vallée du Champsaur, avant de grimper vers la station de ski d’Orcières-Merlette, dans les Hautes-Alpes. Longue de 185,2 kilomètres, l’étape cumule entre 3 854 et 3 944 mètres de dénivelé positif. Le départ est donné à 12 h 50, heure locale, pour une température moyenne d’environ 26 degrés Celsius.

C’est le premier jour du triptyque alpin de ce Tour — les 19e et 20e étapes se concluront toutes deux à l’Alpe d’Huez, deux grands rendez-vous qui dessineront le visage final du classement général. Aussi, la 18e étape a-t-elle été qualifiée par tous, dès avant le départ, de « journée d’échappée » : les leaders du général garderont leurs jambes pour les deux jours suivants, laissant aux grimpeurs sans ambition au classement général cette dernière occasion clairement identifiée.

Le verdict de la course a confirmé cette prédiction — et l’homme qui a écrit ce scénario n’est autre que le coureur le plus intransigeant de ce Tour.

Richard Carapaz (EF Education-EasyPost) a attaqué à deux reprises dans les 7,1 derniers kilomètres d’ascension, lâchant un groupe de tête d’une qualité exceptionnelle composé de six coureurs, pour franchir la ligne en solitaire en 4 h 26 min 21 s, décrochant ainsi la 9e victoire d’étape de sa carrière sur un Grand Tour. Mauro Schmid (Team Jayco AlUla) et Matteo Jorgenson (Team Visma | Lease a Bike) ont franchi la ligne ensemble, 45 secondes plus tard, pour prendre les 2e et 3e places. Le groupe des favoris est arrivé 4 min 35 s après le vainqueur, et le top 8 du classement général n’a subi aucun changement.

La vitesse moyenne du vainqueur s’établit à 41,72 km/h, pour un indice de difficulté (ProfileScore) de 233 — un chiffre plus de trois fois supérieur à celui de la 17e étape de la veille (70), et l’un des plus élevés de ce Tour. La pente moyenne du dernier kilomètre est de 6,3 %, et le délai d’arrivée a été fixé à 17 %, soit 5 h 11 min 38 s.

二、Traversée géographique : de la vallée de l’Isère au Champsaur, quatre paysages radicalement différents

Le tracé de la 18e étape constitue, par essence, une traversée géographique des contreforts des Alpes du Sud-Est de la France. Sur 185,2 kilomètres, le parcours traverse au moins quatre ensembles géographiques aux caractères bien distincts.

Première section (0 – 36 km) : la vallée de l’Isère et la lisière nord du Vercors

Les coureurs s’élancent de Voiron, passent par Tullins-Fures pour entrer dans la vallée de l’Isère, puis longent la D1532 vers le sud-est, traversant Saint-Quentin-sur-Isère, Veurey-Voroize et Noyarey, avant de virer vers le sud à Sassenage, dans la banlieue nord-ouest de Grenoble, pour entamer l’ascension de la Côte d’Engins.

C’est le seul secteur véritablement plat de toute l’étape, et le théâtre principal de la bataille d’échappée — environ 23 kilomètres de plat qui permettent aux attaques et contre-attaques de se succéder sans entrave.

Deuxième section (36 – 63 km) : le plateau du Vercors

Après le sommet de la Côte d’Engins, le parcours pénètre dans le Parc naturel régional du Vercors. Ce plateau, ceinturé de falaises calcaires, s’étage entre 800 et 1 100 mètres d’altitude et est célèbre pour la « bataille du Vercors » menée par la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale. Le parcours traverse Engins, Lans-en-Vercors et Saint-Nizier-du-Moucherotte, avant de redescendre par la route escarpée de la Tour Sans Venin vers Seyssinet-Pariset et Seyssins, dans la banlieue sud de Grenoble.

Cette descente est le passage le plus audacieux de toute l’étape — les descentes du Vercors sont étroites, sinueuses et présentent d’importants dénivelés.

Troisième section (63 – 130 km) : le plateau de la Matheysine et le lac de Monteynard

Depuis Claix, Varces et Vif, la route file vers le sud, puis entre dans la célèbre région du lac de Monteynard via Saint-Georges-de-Commiers. Ce lac artificiel est réputé pour ses deux passerelles himalayennes, et constitue un haut lieu français du parapente et de la voile. Le parcours grimpe ici la Côte de Monteynard, puis traverse La Motte-d’Aveillans et La Mure — la ville centrale du plateau de la Matheysine, connue pour son train touristique historique, le « Train de La Mure ».

Ensuite, par Susville et Saint-Laurent-en-Beaumont, la route enchaîne sur la Côte des Terrasses, avant de dévaler vers Corps, au confluent du Drac et de la Souloise — le sprint intermédiaire de l’étape, situé au kilomètre 129.

Quatrième section (130 – 185,2 km) : la vallée du Champsaur et Orcières-Merlette

Passé Corps, le parcours entre dans la vallée du Champsaur, dans les Hautes-Alpes. C’est une « montée lente » de 50 kilomètres — le profil semble plat sur la feuille de route, mais en réalité la route s’élève imperceptiblement tout du long, l’altitude passant progressivement de six cents à plus de mille mètres. Après Chauffayer et La Fare-en-Champsaur, la route franchit la Côte de Saint-Léger-les-Mélèzes au kilomètre 166, puis longe la haute vallée du Drac jusqu’à Orcières, avant l’ultime ascension vers la station de Merlette, dont la ligne d’arrivée est tracée à 1 825 mètres d’altitude.

Pour résumer le caractère de ce parcours en une phrase : un départ dur, un milieu long, et une arrivée tout aussi dure. C’est exactement la recette standard des organisateurs pour une « journée d’échappée » — assez difficile pour permettre à l’échappée de creuser l’écart, mais pas assez pour contraindre les leaders du général à entrer dans la bagarre.

3. Cinq ascensions répertoriées : analyse complète

La 18e étape compte cinq ascensions répertoriées, un nombre parmi les plus élevés de ce Tour de France. C’est pourquoi elle est surnommée « l’ouverture de la bataille pour le maillot à pois ».

Nom de l’ascension Catégorie Longueur Pente moyenne Altitude au sommet Position au kilométrage Points au sommet
Côte d’Engins 1re catégorie 11,5 km 5,4 % 854 m 36,7 km 10 pts
Côte de Monteynard 2e catégorie 9,7 km 5,0 % 844 m 92,2 km 5 pts
Côte des Terrasses 3e catégorie 3,4 km 6,6 % 836 m 112,8 km 2 pts
Côte de Saint-Léger-les-Mélèzes 3e catégorie 2,5 km 6,9 % 1 237 m 166,1 km 2 pts
Orcières-Merlette 1re catégorie 7,1 km 6,7 % 1 825 m 185,2 km 10 pts

Côte d’Engins (1re catégorie, 11,5 km, 5,4 %)

La classification de cette ascension mérite une explication. Une pente moyenne de 5,4 % est plutôt douce pour une « 1re catégorie » — généralement, une 1re catégorie affiche une pente moyenne supérieure à 7 %. Si elle est classée en première catégorie, c’est à cause de la longueur : 11,5 km représentent environ 25 à 30 minutes d’effort pour un coureur professionnel, une durée suffisante pour créer une réelle sélection.

Techniquement, ce type d’ascension « longue et douce » est l’un des plus difficiles à gérer en termes d’allure. Comme la pente n’est pas assez raide, les coureurs peuvent maintenir une vitesse relativement élevée (environ 20 à 24 km/h), ce qui signifie que la résistance de l’air reste un facteur important — l’effet de groupe persiste donc, et s’abriter permet d’économiser une puissance considérable. Cela rend une « attaque en solitaire » extrêmement coûteuse sur ce type de pente : l’attaquant doit payer un tribut bien supérieur à celui d’une attaque sur une pente raide.

De plus, elle se situe au 36,7e kilomètre, c’est-à-dire au tout début de l’étape. Les 23 premiers kilomètres de plat suivis d’une 1re catégorie de 11,5 km — c’est le terrain idéal pour « prendre l’échappée », car ceux qui veulent s’échapper doivent se consumer jusqu’à la moelle au moment où ils sont le plus frais.

Côte de Monteynard (2e catégorie, 9,7 km, 5,0 %)

Le profil est presque identique à celui d’Engins : long, doux, situé au milieu de l’étape. Positionnée au 92,2e kilomètre, elle se trouve exactement à mi-parcours. C’est là que s’opère le « deuxième tri » au sein du groupe d’échappés.

Côte des Terrasses (3e catégorie, 3,4 km, 6,6 %)

Courte et raide, située au 112,8e kilomètre. Un effort de trois à dix minutes, idéal pour décrocher les coureurs les plus lourds au sein de l’échappée.

Côte de Saint-Léger-les-Mélèzes (3e catégorie, 2,5 km, 6,9 %)

Située au 166,1e kilomètre, soit 19 km avant l’ascension finale. C’est une « ascension de sondage » — la dernière ascension répertoriée avant l’arrivée au sommet, généralement utilisée par les attaquants pour tester l’état de forme de leurs adversaires.

Orcières-Merlette (1re catégorie, 7,1 km, 6,7 %, altitude d’arrivée : 1 825 m)

Le point décisif de l’étape. La combinaison de 7,1 km et 6,7 % représente environ 18 à 21 minutes d’ascension pour un coureur professionnel.

La répartition des pentes est la clé pour comprendre cette ascension : le passage le plus raide se situe au début, autour de 8,2 % ; ensuite, la pente se stabilise à environ 7 % jusqu’au sommet. Ce profil « raide au début, régulier ensuite » n’est en réalité pas très favorable aux attaquants — car il n’y a aucun passage extrêmement raide sur lequel s’appuyer pour creuser un écart ; toutes les attaques doivent se faire par une différence de puissance pure.

Les analyses d’avant-course l’avaient déjà souligné : ce type de pente ne se prête pas vraiment aux attaques entre les leaders du classement général, mais convient davantage à une lutte au sein du groupe d’échappés. Les faits ont parfaitement confirmé ce pronostic.

4. Mémoire historique : en 1971, Ocaña bat Merckx sur cette montagne

La place d’Orcières-Merlette dans l’histoire du cyclisme provient d’une course de 1971.

Cette année-là, l’Espagnol Luis Ocaña a, lors de l’étape menant à Orcières-Merlette, porté une attaque en solitaire savamment orchestrée qui a totalement brisé Eddy Merckx, alors considéré comme invincible. Il n’a pas seulement remporté l’étape, il s’est aussi emparé du maillot jaune.

La portée de cette victoire dépasse largement le cadre d’une simple étape. En 1971, Merckx était au sommet de sa domination : Tour de France, Tour d’Italie, championnat du monde, classiques — il avait tout raflé, et tout le peloton avait presque accepté l’idée que « cet homme ne pouvait pas être battu ». Ocaña a obstinément refusé ce postulat — et il n’a pas seulement gagné, il a gagné d’une manière sans retenue, presque violente.

(Le dénouement final de ce Tour de France est connu de tous : Ocaña est tombé quelques jours plus tard dans les Pyrénées, contraint à l’abandon, et Merckx a remporté le classement général. Mais ce jour-là, à Orcières-Merlette, est resté à jamais gravé dans l’histoire.)

Cinquante-cinq ans plus tard, le 23 juillet 2026, un autre coureur décrit comme un « insoumis » a réalisé une autre attaque savamment orchestrée sur la même montagne. Ce parallèle historique confère à la victoire de Carapaz un poids supplémentaire.

5. Situation avant l’étape : la triple lutte pour le maillot à pois

À l’approche de la 18e étape, le suspense au classement général était déjà mince — Pogačar devançait Evenepoel de 4 min 32 s et Del Toro de 6 min 51 s. Les deux autres batailles étaient bien plus serrées.

Le maillot à pois était le plat principal de cette étape. La situation au classement par points était la suivante :

Rang Coureur Équipe Points
1 Tadej Pogačar UAE Team Emirates-XRG 70
2 Valentin Paret-Peintre Soudal Quick-Step 46
3 Richard Carapaz EF Education-EasyPost 40
4 Remco Evenepoel Red Bull - BORA - hansgrohe 36
5 Paul Seixas Decathlon CMA CGM 34

Pogačar devançait Paret-Peintre de 24 points et Carapaz de 30 points. Or, cette étape comptait cinq ascensions répertoriées, pour un total de 29 points (10+5+2+2+10) — théoriquement, si un seul coureur raflait tout, il pourrait sérieusement se rapprocher de Pogačar.

Il y a ici une situation très particulière à expliquer : Pogačar est premier au classement du maillot à pois, mais il porte le maillot jaune sur la route. Selon le règlement du Tour de France, lorsqu’un coureur mène plusieurs classements simultanément, il porte le maillot distinctif de plus haut rang (le jaune étant le plus élevé), et le maillot à pois est porté par le suivant au classement. Depuis la 15e étape, le porteur effectif du maillot à pois sur la route est donc Valentin Paret-Peintre, deuxième du classement.

Cela a créé un effet psychologique très intéressant : Paret-Peintre, qui portait le maillot à pois chaque jour, était perçu par le public, les commentateurs et même par lui-même comme le « roi de la montagne », alors qu’il accusait encore 24 points de retard. Ce statut de « porteur par intérim » a été le principal moteur de sa frénésie de points lors de la 18e étape.

Quant à Carapaz, sa situation était encore plus singulière. Cet Équatorien de 33 ans avait connu un début de Tour très difficile, relégué à la 12e place du classement général avec plus de 25 minutes de retard — mais c’était justement devenu son avantage. Il l’a dit lui-même sans détour :

« Je n’ai jamais été intéressé par le classement général ; j’ai en fait perdu du temps volontairement pour avoir plus d’opportunités de m’échapper. »

Lorsqu’un coureur accuse vingt-cinq minutes de retard au général, les équipes du maillot jaune n’ont aucune raison de le poursuivre. C’est la position la plus confortable pour un « chasseur d’échappées ».

Côté maillot vert, Pedersen menait avec 452 points devant Philipsen et ses 445 points, soit seulement 7 points d’écart. Le sprint intermédiaire de cette étape était situé à Col, au kilomètre 129, après avoir franchi trois ascensions répertoriées (dont une de première catégorie). Théoriquement, c’était très difficile pour les deux sprinteurs, mais Pedersen n’avait manifestement pas l’intention d’abandonner.

Il y avait aussi un contexte structurel : à l’entrée de la 18e étape, 13 équipes n’avaient toujours pas remporté la moindre victoire d’étape. Il ne restait que quatre jours sur ce Grand Tour de trois semaines, et cette anxiété se traduisait directement par une densité d’attaques sur le parcours.

6. Récit de la course (1) : soixante-cinq kilomètres de guerre d’échappée

Comme tout le monde s’y attendait, la course est entrée en combat dès le premier kilomètre.

Sur les 23 kilomètres de plat initial, les attaques et contre-attaques se sont succédé. Le revenant Baptiste Vliegen (Lotto Intermarché) — habitué des échappées, présent presque chaque jour à l’avant sur ce Tour — s’est de nouveau mêlé aux offensives.

Mais ce qui a attiré l’attention en premier ce jour-là, c’est une image inverse : Brandon McNulty, équipier d’UAE Team Emirates-XRG, a lâché prise du peloton seulement 25 kilomètres après le départ.

McNulty était l’un des gardes du corps les plus importants de Pogačar dans les étapes de montagne, et le grimpeur le plus fiable de l’effectif UAE sur ce Tour. Il avait terminé 22e du contre-la-montre de la 16e étape, semblant en pleine forme. Ce jour-là, il a décroché sans avertissement sur le plat, laissant tout le monde perplexe dans un premier temps.

Puis est venue la Côte d’Engins.

Les deux protagonistes de la lutte pour le maillot à pois — Carapaz et Paret-Peintre — ont attaqué à répétition sur cette ascension de première catégorie, disloquant complètement le peloton. C’est finalement le Français Paret-Peintre qui a franchi le sommet en tête, empochant 10 points ; Carapaz a suivi de près avec 8 points. La répartition complète des points sur cette ascension était la suivante :

Rang Coureur Équipe Points
1 Valentin Paret-Peintre Soudal Quick-Step 10
2 Richard Carapaz EF Education-EasyPost 8
3 Ben Healy EF Education-EasyPost 6
4 Mauro Schmid Team Jayco AlUla 4
5 Mads Pedersen Lidl-Trek 2
6 Sean Quinn EF Education-EasyPost 1

Il est à noter qu’EF Education-EasyPost occupait trois places dans ce tableau (Carapaz, Healy, Quinn) — preuve que cette équipe américaine avait misé toutes ses forces sur cette étape.

Outre les deux prétendants au maillot à pois, les autres coureurs activement en quête d’échappée comprenaient : Jorgenson, Ben Healy, le maillot vert Pedersen, ainsi que le vainqueur du Tour 2019, Egan Bernal (Netcompany INEOS).

La bataille d’échappée a duré environ 65 kilomètres — autrement dit, du coup de pistolet à la formation réelle de l’échappée, près d’une heure et demie d’attaques à fond. Ce n’est pas rare sur les Grands Tours modernes, mais à chaque fois, cela rappelle une chose au public : lors d’une « journée d’échappée », l’intensité du début est souvent plus élevée que lors d’une journée décisive pour le classement général.

7. Récit de course (2) : l’échappée massive à quarante, et l’opération comptage de Paret-Peintre

Finalement, avant la Côte de Monteynard, une échappée massive d’une quarantaine de coureurs a pris forme.

La qualité de ce groupe était stupéfiante, avec notamment :

  • Les prétendants au maillot à pois : Valentin Paret-Peintre (Soudal Quick-Step), Richard Carapaz (EF Education-EasyPost)
  • Le maillot vert : Mads Pedersen (Lidl-Trek) avec ses coéquipiers Mathias Vacek et Quinn Simmons
  • L’ancien vainqueur du Tour de France : Egan Bernal (Netcompany INEOS)
  • Le rouleur-grimpeur américain : Matteo Jorgenson (Team Visma | Lease a Bike)
  • Les équipiers d’EF : Ben Healy, Alex Baudin
  • Le duo Jayco : Mauro Schmid, Michael Matthews, et Felix Engelhardt
  • Le grimpeur nordique : Tobias Halland Johannessen (Uno-X Mobility)
  • Le duo Movistar : Einer Rubio, Raúl García Pierna
  • Autres : Damiano Caruso (Bahrain Victorious), Romain Grégoire (Groupama-FDJ United), Harold Tejada (XDS Astana), Michał Kwiatkowski et Thymen Arensman (Netcompany INEOS)

Quarante coureurs, couvrant presque toutes les équipes. Cela signifiait qu’aucune équipe dans le peloton n’avait intérêt à chasser — c’est la situation idéale pour un jour d’échappée.

Arrivé à la Côte de Monteynard (km 92,2), Paret-Peintre a de nouveau frappé. Il a accéléré sur cette montée de deuxième catégorie et empoche 5 points, Carapaz suit de près avec 3 points, Schmid 2, Pedersen 1.

Cette attaque a également scindé l’échappée massive de quarante en deux groupes : un groupe de tête à 14 (comprenant Paret-Peintre, Carapaz, Pedersen, Jorgenson, Johannessen) et un second groupe à environ 1 min 30. À ce moment, l’avance du groupe de tête sur le peloton était de 3 minutes.

À l’entrée des 100 derniers kilomètres, l’avance du groupe de tête n’a cessé de croître. À la Côte des Terrasses (km 112,8), l’écart était passé à 6 minutes. Paret-Peintre a glané 2 points au sommet pour la troisième fois, Carapaz 1 point.

Jusqu’ici, Paret-Peintre avait engrangé 17 points sur trois montées, portant son total au classement de la montagne de 46 à 63 points — à seulement 7 points des 70 de Pogačar. Carapaz, lui, est passé de 40 à 52 points.

8. Récit de course (3) : les 25 points de Pedersen, et la fin de journée pour le Danois

Au km 129, sprint intermédiaire de Corps.

Le coéquipier de Pedersen, Mathias Vacek, a mené le groupe de tête dans les derniers kilomètres jusqu’à la ligne de sprint. Pedersen a jailli du groupe et a remporté sans discussion les 25 points.

Classement complet du sprint intermédiaire :

Rang Coureur Équipe Points
1 Mads Pedersen Lidl-Trek 25
2 Mauro Schmid Team Jayco AlUla 20
3 Tobias Halland Johannessen Uno-X Mobility 16
4 Richard Carapaz EF Education-EasyPost 14
5 Matteo Jorgenson Team Visma | Lease a Bike 12
6 Mathias Vacek Lidl-Trek 10
7 Felix Engelhardt Team Jayco AlUla 9
8 Valentin Paret-Peintre Soudal Quick-Step 8
9 Raúl García Pierna Movistar Team 7
10 Pablo Castrillo Movistar Team 6

Philipsen est totalement absent de la liste — il a été distancé sur les ascensions de première et deuxième catégorie en début d’étape. Ce jour-là, il n’a pas marqué le moindre point.

L’avance de Pedersen au maillot vert est ainsi passée de 7 points à 32 points d’un seul coup.

C’est le tournant de la course au classement par points. La veille, il avait perdu 24 points à Vallon et déclaré après l’arrivée : « C’était une journée complètement pourrie » ; le lendemain, il a franchi une montée de première catégorie et une de deuxième, s’est glissé dans l’échappée et a repris tous les points. Pour reprendre les mots de son directeur sportif, c’était un « effort monstrueux en montagne ».

Et pour Pedersen lui-même, le sprint intermédiaire était sa ligne d’arrivée. Après avoir pris ses 25 points, sa course était terminée — les 56 kilomètres de montée et l’arrivée au sommet ne le concernaient plus. Sa mission était d’économiser ses forces, de terminer dans les délais, puis de se préparer à retourner en montagne le lendemain.

La situation à ce moment : le groupe de tête avait 1 min 20 d’avance sur le second groupe de chasse, et 8 minutes sur le peloton. La bataille pour la victoire d’étape ne faisait que commencer.

9. Récit de course (4) : la cassure de Jorgenson, et la formation du groupe de six

À 47 kilomètres de l’arrivée, Matteo Jorgenson a lancé la première attaque véritablement « pour la gagne » de l’étape.

L’Américain a emmené quatre coureurs avec lui : Johannessen, García Pierna, ainsi que Schmid et Engelhardt de la Team Jayco AlUla. Paret-Peintre et Carapaz se sont immédiatement lancés à la poursuite derrière.

Le nouveau groupe de tête à cinq a rapidement creusé un écart de 20 secondes sur l’arrière. Engelhardt n’a pas tenu longtemps et a lâché prise ; Paret-Peintre et Carapaz ont quant à eux maintenu la pression et ont réussi à recoller à 44 kilomètres de l’arrivée — le groupe de tête à six est officiellement formé :

  1. Richard Carapaz (EF Education-EasyPost)
  2. Valentin Paret-Peintre (Soudal Quick-Step)
  3. Matteo Jorgenson (Team Visma | Lease a Bike)
  4. Mauro Schmid (Team Jayco AlUla)
  5. Tobias Halland Johannessen (Uno-X Mobility)
  6. Raúl García Pierna (Movistar Team)

La composition de ces six coureurs est très intéressante — chacun vient d’une équipe différente, aucun n’a de pression au classement général, et chacun a les capacités de remporter une étape du Tour de France. Et comme aucun d’entre eux n’est coéquipier, toute la poursuite et les relais ne peuvent donner lieu à aucune « entente à deux ».

Les six ont bien collaboré et ont rapidement creusé l’écart sur le reste de l’échappée matinale. À l’entrée des 34 derniers kilomètres, l’avance atteignait une minute.

La Côte de Saint-Léger-les-Mélèzes (km 166,1 ; 2,5 km à 6,9 %) a servi de test avant la dernière ascension. C’est là que le premier à montrer des signes de faiblesse parmi les six fut García Pierna — il a lâché prise avant le pied de la côte, mais est revenu avant le sommet. Paret-Peintre, lui, a de nouveau franchi le sommet en tête, glanant 2 points (Carapaz 1 point).

À ce stade, Paret-Peintre avait déjà pris 19 points sur quatre montées aujourd’hui, portant son total au classement de la montagne à 65 points, à seulement 5 points de Pogačar.

Et tout à l’arrière de la course, le Tour de France de McNulty s’est terminé. L’Américain, distancé en début d’étape, a roulé seul pendant une grande partie de la journée devant la voiture balai, avant de devoir abandonner en raison de problèmes physiques. UAE Team Emirates-XRG perd un équipier de montagne clé avant les deux grandes batailles alpestres.

10. Récit de course (5) : les 7,1 derniers kilomètres, deux attaques

L’ascension vers l’Alpe d’Huez Grand Domaine commence aux alentours du kilomètre 178. Lorsque le groupe de six échappés aborde la montée finale, il compte environ cinq minutes d’avance sur le peloton — le vainqueur de l’étape est déjà assuré de sortir de ce groupe.

Côté peloton, Red Bull - BORA - hansgrohe emmène un groupe d’élite du classement général dans la montée finale. C’est une configuration très typique de la troisième semaine : Red Bull contrôle le rythme pour protéger la deuxième place au général d’Evenepoel, tandis qu’UAE se contente de suivre — car Pogacar a deux batailles plus importantes à livrer le lendemain et le surlendemain.

Les six hommes de tête commencent à se sonder mutuellement.

La première attaque de Carapaz survient à 4,4 kilomètres du sommet.

Elle échoue — il est repris. Mais cette attaque a en soi de la valeur, car elle fournit à Carapaz une information cruciale : qui peut réagir, et qui réagit avec difficulté. Au vu du résultat, Johannessen et García Pierna ont clairement décroché du groupe de tête après cette offensive.

Environ un kilomètre plus loin, soit à 3,4 ou 3,5 kilomètres du sommet, Carapaz repart.

Cette fois, personne ne peut le suivre.

Il maintient la pression sur les trois kilomètres restants, lâchant un à un Paré-Peintre, Jorgenson et Schmid, avant de franchir seul la ligne d’arrivée située à 1 825 mètres d’altitude.

Carapaz a lui-même expliqué ce processus après l’étape :

« Je n’ai pas cessé de penser à cette étape pendant tout le Tour ; j’étais certain qu’elle me convenait, et ce matin, quand j’ai senti que j’avais encore les jambes, j’ai décidé d’y aller à fond. »

« Je savais que je pouvais être dans le coup, donc quand QuickStep a envoyé trois hommes pour tenter de rejoindre une attaque devant, j’étais prêt à y aller. »

« Pour être honnête, la montée finale n’était pas idéale pour moi, mais j’avais encore les jambes, et c’est là l’essentiel. À partir de ce moment, il ne restait plus qu’à attendre le bon moment. »

« Attendre le bon moment » — cette phrase décrit avec précision l’essence d’une attaque au sommet. Sur une montée de 7,1 kilomètres à 6,7 %, vos réserves anaérobies ne suffisent guère qu’à soutenir trois à quatre minutes d’effort au-dessus du seuil. Attaquez trop tôt, et vous serez repris dans le dernier kilomètre ; attaquez trop tard, et vous ne creuserez pas un écart suffisant. 3,4 kilomètres, soit environ neuf à dix minutes d’effort, c’est la solution optimale que Carapaz s’était calculée.

Et il avait vu juste : il remporte l’étape avec 45 secondes d’avance.

11. Résultats de l’étape : classement complet du top 30

Voici le classement complet du top 30 de la 18e étape (Gap → Alpe d’Huez Grand Domaine, 185,2 km) :

Rang Coureur Équipe Temps Écart
1 Richard CARAPAZ EF EDUCATION - EASYPOST 4:26:21 Vainqueur
2 Mauro SCHMID TEAM JAYCO ALULA 4:27:06 +45"
3 Matteo JORGENSON TEAM VISMA | LEASE A BIKE 4:27:06 +45"
4 Valentin PARET PEINTRE SOUDAL QUICK-STEP 4:27:35 +1:14
5 Tobias JOHANNESSEN UNO-X MOBILITY 4:28:18 +1:57
6 Raul GARCIA PIERNA MOVISTAR TEAM 4:28:33 +2:12
7 Pablo CASTRILLO ZAPATER MOVISTAR TEAM 4:30:51 +4:30
8 Lenny MARTINEZ BAHRAIN VICTORIOUS 4:30:56 +4:35
9 Remco EVENEPOEL RED BULL - BORA - HANSGROHE 4:30:56 +4:35
10 Tom PIDCOCK PINARELLO-Q36.5 PRO CYCLING TEAM 4:30:56 +4:35
11 Jordan JEGAT TOTALENERGIES 4:30:56 +4:35
12 Juan AYUSO PESQUERA LIDL-TREK 4:30:56 +4:35
13 Tadej POGACAR UAE TEAM EMIRATES XRG 4:30:56 +4:35
14 Mattias SKJELMOSE LIDL-TREK 4:30:56 +4:35
15 Nicolas PRODHOMME DECATHLON CMA CGM TEAM 4:30:56 +4:35
16 Paul SEIXAS DECATHLON CMA CGM TEAM 4:30:56 +4:35
17 Isaac DEL TORO ROMERO UAE TEAM EMIRATES XRG 4:30:56 +4:35
18 Matthew RICCITELLO DECATHLON CMA CGM TEAM 4:30:56 +4:35
19 Yannis VOISARD TUDOR PRO CYCLING TEAM 4:30:56 +4:35
20 Jai HINDLEY RED BULL - BORA - HANSGROHE 4:31:00 +4:39
21 Derek James GEE LIDL-TREK 4:31:25 +5:04
22 Felix ENGELHARDT TEAM JAYCO ALULA 4:31:37 +5:16
23 Carlos VERONA QUINTANILLA LIDL-TREK 4:31:52 +5:31
24 Sergio HIGUITA GARCIA XDS ASTANA TEAM 4:32:09 +5:48
25 Quinn SIMMONS LIDL-TREK 4:32:12 +5:51
26 Ilan VAN WILDER SOUDAL QUICK-STEP 4:32:24 +6:03
27 Maxim VAN GILS RED BULL - BORA - HANSGROHE 4:33:07 +6:46
28 Guillaume MARTIN GUYONNET GROUPAMA-FDJ UNITED 4:34:10 +7:49
29 Damiano CARUSO BAHRAIN VICTORIOUS 4:34:10 +7:49
30 Quentin PACHER GROUPAMA-FDJ UNITED 4:34:37 +8:16

XII. Analyse du Top 10 : un bulletin « d’échappée victorieuse »

1er Carapaz (4:26:21) : Seul coureur de l’étape à avoir terminé en solitaire, et également le coureur le plus offensif du jour. À trente-trois ans, vainqueur du Giro 2019, champion olympique sur route à Tokyo 2021, et maillot à pois du Tour 2024. C’est la 9e victoire d’étape sur un Grand Tour de sa carrière, et sa première victoire depuis le Giro 2025.

2e Schmid (+45") : Deuxième podium sur ce Tour (vainqueur de la 13e étape, deuxième de la 17e et de la 18e). Ce Suisse a été présent à presque chaque occasion durant la troisième semaine de ce Tour, l’une des performances les plus sous-estimées.

3e Jorgenson (+45") : Le pilier de la Team Visma | Lease a Bike après l’abandon de Vingegaard. Il est l’instigateur de la formation du groupe de six — cette attaque à 47 km de l’arrivée a directement réduit la course à la victoire à six coureurs.

4e Parret-Pintre (+1:14) : Le roi des points du classement de la montagne de l’étape, ayant passé en tête les quatre cols répertoriés, pour un total de 23 points. Mais la victoire d’étape ne lui a finalement pas échue — c’est le dilemme classique du chasseur de maillot à pois : se concentrer sur les points de grimpeur épuise l’énergie nécessaire pour jouer la victoire d’étape.

5e Johannesen (+1:57) et 6e García Pierna (+2:12) : Deux membres du groupe de six éliminés lors de la première attaque dans la montée finale. Johannesen est le leader de la montagne de l’Uno-X Mobility norvégienne, García Pierna est l’un des jeunes grimpeurs les plus prometteurs de Movistar ces dernières années.

7e Castrillo (+4:30) : Le survivant de l’échappée matinale, qui a défendu seul sa septième place dans la montée finale, avec 5 secondes d’avance sur le groupe des favoris du classement général.

8e au 19e : Tous issus du groupe des favoris, à +4:35. Ce groupe, mené par Red Bull dans la montée finale, comprenait tous les acteurs majeurs du classement général : Evenepoel, Peacock, Ayuso, Pogacar, Skjelmose, Seixas, Del Toro, etc. Fait intéressant, Pogacar se classe 13e de ce groupe — il n’a absolument pas tenté de gagner du temps ou des places, un pur « mode économie d’énergie ».

13. Évolution des quatre maillots distinctifs : le maillot à pois n’a plus qu’un point d’avance

Maillot à pois (meilleur grimpeur) – le cœur de l’étape

Répartition des points au sommet final : Carapaz 10 pts, Schmid 8 pts, Jorgenson 6 pts, Paret-Peintre 4 pts, Johannessen 2 pts, García Pierna 1 pt.

Total sur la journée :

  • Paret-Peintre : 23 pts (Engins 10 + Monteynard 5 + Terrasses 2 + Saint-Léger 2 + arrivée 4)
  • Carapaz : 23 pts (Engins 8 + Monteynard 3 + Terrasses 1 + Saint-Léger 1 + arrivée 10)

Les deux hommes repartent avec 23 points chacun. Classement après l’étape :

Rang Coureur Équipe Points Jour
1 Tadej Pogačar UAE Team Emirates-XRG 70
2 Valentin Paret-Peintre Soudal Quick-Step 69 +23
3 Richard Carapaz EF Education-EasyPost 63 +23
4 Remco Evenepoel Red Bull - BORA - hansgrohe 36
5 Paul Seixas Decathlon CMA CGM 34
6 Isaac del Toro UAE Team Emirates-XRG 30
7 Lenny Martinez Bahrain Victorious 22
8 Mauro Schmid Team Jayco AlUla 22 +14

L’avance de Pogačar est passée de 24 points à 1 point.

À la fin de cette journée, la lutte pour le maillot à pois est passée d’« acquis pour Pogačar » à l’une des compétitions les plus serrées de ce Tour. Et les 19e et 20e étapes offrent encore de nombreux points de grimpeur – dont le col de la Loze (1re catégorie) et l’Alpe d’Huez (hors catégorie) lors de la 19e étape.

Interrogé sur le maillot à pois après l’étape, Carapaz s’est montré très pragmatique :

« Je n’ai pas vraiment joué les points de grimpeur sur les premières ascensions, ce coureur de la QuickStep (Paret-Peintre) était plus rapide. »

« Mais les vraies étapes de montagne arrivent encore, et je pense que Tadej (Pogačar) a aussi beaucoup de points. Si je peux prendre le maillot à pois, ce serait génial, donc à partir de maintenant je vais me battre pour. Mais aujourd’hui, tout était pour l’étape. »

Maillot vert (classement par points) : Pedersen a repris 32 points d’avance grâce aux 25 points du sprint intermédiaire.

Rang Coureur Équipe Points Jour
1 Mads Pedersen Lidl-Trek 477 +25
2 Jasper Philipsen Alpecin-Premier Tech 445
3 Biniam Girmay NSN Cycling Team 361
4 Max Kanter XDS Astana 271
5 Olav Kooij Decathlon CMA CGM 230
6 Tadej Pogačar UAE Team Emirates-XRG 165 +4
7 Søren Wærenskjold Uno-X Mobility 159
8 Mauro Schmid Team Jayco AlUla 131 +45
9 Remco Evenepoel Red Bull - BORA - hansgrohe 130 +9
10 Anthony Turgis TotalEnergies 129

Schmid a engrangé 45 points sur la journée (20 au sprint intermédiaire + 25 à l’arrivée), passant de la 16e à la 8e place – avec 30 puis 45 points sur les deux derniers jours, c’est le coureur qui glane le plus de points dans cette fin de Tour.

Maillot jaune (classement général) : Pogačar conserve la tête en 64 h 35 min 13 s. Le top 9 du général est totalement inchangé :

Rang Coureur Équipe Écart
1 Tadej Pogačar UAE Team Emirates-XRG 64h 35’ 13" (temps total)
2 Remco Evenepoel Red Bull - BORA - hansgrohe +4’ 32"
3 Isaac del Toro UAE Team Emirates-XRG +6’ 51"
4 Paul Seixas Decathlon CMA CGM +7’ 11"
5 Juan Ayuso Lidl-Trek +9’ 22"
6 Mattias Skjelmose Lidl-Trek +10’ 14"
7 Lenny Martinez Bahrain Victorious +12’ 50"
8 Tom Pidcock Pinarello-Q36.5 +12’ 58"
9 Jordan Jegat TotalEnergies +14’ 04"
10 Richard Carapaz EF Education-EasyPost +21’ 00"

Le seul changement est l’entrée de Carapaz dans le top 10 du général – un sous-produit inattendu de sa stratégie consistant à « perdre du temps volontairement pour gagner sa liberté d’échappée ».

Maillot blanc (meilleur jeune) : Del Toro conserve son maillot. Au classement du jour des jeunes, Paret-Peintre prend la 1re place, García Pierna la 2e et Castrillo la 3e.

Prix de la combativité : Richard Carapaz.

Classement par équipes : Decathlon CMA CGM signe le meilleur temps du jour (13 h 32 min 48 s), Lidl-Trek termine à 29 secondes. Au classement général par équipes, Lidl-Trek devance toujours UAE Team Emirates-XRG de 22 min 05 s.

Quatorzième — Analyse tactique des équipes

EF Education-EasyPost : La grande gagnante de l’étape. Dès la Côte d’Engins, ils ont placé trois hommes (Carapaz, Healy, Quinn) dans le top six du classement de la montagne, utilisant ainsi toute l’équipe pour préparer le terrain à Carapaz. Healy a continuellement usé ses adversaires dans l’échappée de milieu de parcours, permettant à Carapaz d’économiser ses forces pour l’ascension finale. C’est une équipe américaine aux ressources limitées qui a misé toutes ses cartes sur une seule journée — et les a toutes encaissées. Un cas d’école.

Soudal Quick-Step : Paré-Pantre a pris la tête de quatre cols, engrangé 23 points et réduit l’écart au classement du maillot à pois à un seul point derrière Pogačar — mais sans la victoire d’étape. C’est un arbitrage classique. Carapaz lui-même a pointé l’essentiel après l’arrivée : « Sur les premières ascensions, je n’ai pas vraiment joué les points de la montagne. » Autrement dit, Paré-Pantre a fourni un effort quasi maximal sur quatre cols pour le maillot à pois, tandis que Carapaz s’est volontairement préservé. Sur les 7,1 derniers kilomètres, la différence d’énergie restante s’est fait sentir.

D’un point de vue d’équipe, cet arbitrage est en réalité logique — il n’y a qu’un seul vainqueur d’étape, alors que le maillot à pois est un objectif qui peut s’atteindre par accumulation. Le problème, c’est que les 70 points de Pogačar ont été gagnés en remportant des étapes au sommet, tandis que Paré-Pantre devait grappiller point par point. Cette compétition entre la « quantité » et la « qualité » s’est finalement jouée lors des 19ᵉ et 20ᵉ étapes.

Team Visma | Lease a Bike : La troisième place de Jorgenson est l’un des meilleurs résultats de la formation néerlandaise depuis la perte de Vingegaard. Son attaque à 47 kilomètres de l’arrivée a été l’action clé qui a réduit la lutte pour la victoire d’étape à six coureurs — mais elle a peut-être aussi consommé ses réserves pour l’ascension finale.

Team Jayco AlUla : Schmid deuxième, Engelhardt 22ᵉ. L’équipe australienne affiche un rendement très élevé dans cette fin de Tour — victoire à la 13ᵉ étape, deuxième à la 17ᵉ, deuxième à la 18ᵉ. Schmid a engrangé 75 points au sprint en deux jours, grimpant régulièrement au classement du maillot vert.

Lidl-Trek : Objectif clair et atteint — envoyer Pedersen dans l’échappée, empocher les 25 points du sprint intermédiaire, et porter l’avance au maillot vert à 32 points. Parallèlement, ils comptent toujours Ayuso (cinquième) et Skjelmose (sixième) au classement général, et mènent solidement le classement par équipes. Une formation qui mène sur trois fronts à la fois.

UAE Team Emirates-XRG : La pire journée, malgré un classement général intact. Ils ont perdu McNulty — un équipier de montagne indispensable pour les deux batailles alpestres à venir. Et dans la lutte pour le maillot à pois, l’avance de Pogačar est passée de 24 points à 1 point, ce qui signifie qu’il devra être offensif sur les points de la montagne ces deux prochains jours, sans pouvoir simplement défendre son classement général.

Red Bull - BORA - hansgrohe : Ils ont contrôlé le rythme du peloton dans l’ascension finale, s’assurant qu’Evenepoel ne perde pas de temps au classement général (deuxième). Pour une équipe qui a perdu Lipowitz en trois jours, c’est une opération pragmatique et correcte.

Movistar Team : García Pierna sixième, Castrillo septième. La formation espagnole n’a pas de prétention au classement général sur ce Tour, mais continue d’assurer sa visibilité par les échappées.

Quinzième — Histoire de coureur : le 2026 de Carapaz, et une course attendue tout le Tour

La carrière de Richard Carapaz est en soi un documentaire sur la « désobéissance ».

Il vient de la province de Carchi, en Équateur, un plateau situé à près de 3 000 mètres d’altitude. Il n’est pas issu du système de formation des jeunes en Europe, mais s’est frayé un chemin depuis les courses amateurs sud-américaines. En 2019, il a remporté le Giro en tant qu’invité, devenant le premier Équatorien à gagner un Grand Tour ; en 2021, il a décroché l’or olympique sur la course en ligne à Tokyo ; en 2024, il a remporté le maillot à pois et une victoire d’étape sur le Tour (à Superdévoluy, non loin d’Aussierres-Mellette).

2026 a été une saison chamboulée pour lui. Son objectif initial était le Giro — mais une opération d’un kyste l’en a totalement empêché. Après sa rééducation, il a réorienté toute sa saison vers un mode « chasse aux étapes sur le Tour », et sa deuxième place au classement général du Tour de Suisse (derrière Pogačar) était un signal encourageant.

Une fois le Tour commencé, son classement général a rapidement sombré. Mais il s’en moquait — pour reprendre ses propres termes, c’était voulu.

Dans ses performances précédant cette étape, plusieurs signaux annonçaient déjà la 18ᵉ étape :

  • 3ᵉ étape (Les Angles) : troisième, derrière Pogačar et Vingegaard.
  • 10ᵉ étape (Le Lioran, jour de la fête nationale) : il a été le seul à attaquer volontairement dans l’avant-dernière ascension pour tenter de perturber le plan de Pogačar — avant d’être finalement déposé par le Slovène en solitaire.
  • 14ᵉ étape (Le Markstein) : huitième.

Autrement dit, la forme était là, il ne manquait que le bon jour. Et la 18ᵉ étape était ce jour-là.

Son explication est très claire :

« Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à cette étape pendant tout le Tour ; j’étais certain qu’elle me convenait. »

« Gagner ici est délicat. Par rapport à ma dernière victoire il y a deux ans (Superdévoluy, non loin d’Aussierres-Mellette, également la dernière chance avant la bataille du classement général lors de la troisième semaine), le terrain est similaire — beaucoup de plat au milieu, puis quelques ascensions à la fin. »

« Mais l’échappée finale était de grande qualité, Mauro (Schmid) avait déjà gagné une étape, je les respecte. C’était une belle journée, notre groupe a très bien collaboré. Mais j’avais les jambes pour aller au bout. »

Un autre passage décrit avec une justesse remarquable l’état d’esprit du chasseur d’étapes :

« Aujourd’hui, il n’y avait pas de pression, mais je savais que les deux prochains jours seraient bien plus difficiles, alors c’était une étape très importante pour nous, il fallait tenter de gagner — et nous l’avons fait. »

Cette victoire lui a également permis d’entrer dans le top dix du classement général (10ᵉ, à 21 points), et de réduire l’écart au maillot à pois à 7 points. Et la suite, nous la connaissons tous : il a de nouveau gagné depuis l’échappée à l’Alpe d’Huez lors de la 20ᵉ étape, décrochant finalement le maillot à pois et le prix du Super Combatif de tout le Tour, une récompense que EF Education-EasyPost remporte pour la troisième année consécutive.

Seizième — L’abandon de McNulty : un tournant facile à négliger

La nouvelle la plus facile à oublier de la 18ᵉ étape est l’abandon de Brandon McNulty.

Cet Américain de vingt-huit ans est l’un des rouleurs les plus importants d’UAE Team Emirates-XRG dans les étapes de montagne. Son rôle diffère de celui des autres équipiers de Pogačar : Adam Yates assure la protection en milieu d’étape, Felix Großschartner contrôle le plat, tandis que McNulty est chargé de porter le rythme à la limite dans la première partie de la dernière grande ascension, afin d’éliminer tous les équipiers adverses. Ce type de rôle a une valeur extrêmement élevée dans le cyclisme moderne des Grands Tours.

Il a lâché prise dès le 25ᵉ kilomètre, puis a roulé seul pendant une grande partie de la journée devant la voiture balai, avant d’abandonner pour cause de maladie.

L’impact s’est fait sentir dès le lendemain — sur la 19ᵉ étape vers l’Alpe d’Huez, UAE manquait d’un équipier de montagne clé. Et la 20ᵉ étape a été décrite comme une « marche de la mort, peut-être l’étape la plus difficile de l’histoire du Tour » (avec le col de la Croix de Fer et une nouvelle ascension de l’Alpe d’Huez).

À noter : McNulty avait été percuté par une voiture deux jours plus tôt, juste avant le départ du contre-la-montre (heureusement sans blessure), avant d’abandonner pour maladie à la 18ᵉ étape. Pour un équipier discret, c’est une fin cruelle.

17. Impact sur les étapes suivantes : deux fois l’Alpe d’Huez

À l’issue de la 18e étape, il ne reste que trois étapes sur ce Tour de France :

  • 19e étape (24/07, Gap → Alpe d’Huez, 127,9 km) : deux cols de 2e catégorie, le col du Noyer (1re catégorie, 7,2 km à 8,5 %), et le col hors catégorie de l’Alpe d’Huez (13,8 km à 8,1 %, arrivée à 1 850 m d’altitude). Le sprint intermédiaire est au km 89,4.
  • 20e étape (25/07, Briançon → Alpe d’Huez, 170,9 km) : deuxième montée de l’Alpe d’Huez consécutive, avec le col hors catégorie de la Croix-de-Fer au programme. Le sprint intermédiaire est au km 66,5, après la Croix-de-Fer.
  • 21e étape (26/07, Paris Champs-Élysées) : journée de clôture avec trois tours du circuit de Montmartre.

À partir du résultat de la 18e étape, le scénario des jours suivants se dessine ainsi :

Classement général : Pogacar mène avec 4 min 32 s d’avance. Sauf accident, le maillot jaune est joué. Le vrai suspense concerne la troisième place — Del Toro (+6:51) et Seixas (+7:11) ne sont séparés que de 20 secondes, et deux ascensions de l’Alpe d’Huez suffisent amplement à transformer ces 20 secondes en plusieurs minutes. (La suite l’a prouvé : Pogacar a lui-même travaillé pour son coéquipier Del Toro lors de la 20e étape afin de lui garantir sa place sur le podium.)

Maillot à pois : c’est le plus grand suspense. Pogacar 70 pts, Paré-Peintre 69 pts, Carapaz 63 pts. Seulement 7 points séparent les trois hommes. Or, le total des points de montagne en jeu sur les 19e et 20e étapes est bien supérieur à 7 points — cette bataille ira jusqu’au bout.

Maillot vert : Pedersen 477 pts, Philipsen 445 pts. Écart de 32 points, et les deux étapes de montagne restantes sont extrêmement défavorables aux deux sprinteurs. La décision se fera sur les Champs-Élysées à Paris.

Chasseurs d’étapes : Carapaz a prouvé qu’« une échappée peut gagner », ce qui encouragera les équipes qui n’ont pas encore ouvert leur compteur à tenter l’échappée à tout prix sur les 19e et 20e étapes — d’ailleurs, la 19e étape s’est transformée en un « duel épique entre l’échappée et le maillot jaune ».

18. Coin des données : le profil d’intensité de cette journée

Récapitulons les chiffres clés de la 18e étape :

Élément Valeur
Distance 185,2 km
Dénivelé positif cumulé 3 854 – 3 944 m
Temps du vainqueur 4 h 26 min 21 s
Vitesse moyenne du vainqueur 41,72 km/h
Indice de difficulté (ProfileScore) 233
Pente du dernier kilomètre 6,3 %
Altitude de l’arrivée 1 825 m
Temps limite 17 %, soit 5 h 11 min 38 s
Température moyenne Environ 26 °C
Heure de départ 12:50
Distance avant la formation de l’échappée Environ 65 km
Avance maximale de l’échappée Environ 8 minutes
Distance en solitaire du vainqueur 3,4 km

Certains chiffres méritent d’être développés.

Indice de difficulté 233 : il s’agit d’un indicateur qui combine la répartition du dénivelé, les pourcentages et la position des ascensions dans l’étape. À titre de comparaison, la 17e étape affichait 70, et le contre-la-montre de la 16e étape seulement 40. Le chiffre de 233 montre que la 18e étape fait partie des plus dures de ce Tour de France.

Vitesse moyenne de 41,72 km/h : maintenir une telle moyenne sur un parcours avoisinant les 4 000 m de dénivelé implique que les coureurs ont dû rouler extrêmement vite sur les sections plates. La vitesse maintenue par l’échappée dans la partie centrale (les 50 km de faux plat montant après le col) est la raison principale pour laquelle elle a pu creuser huit minutes d’avance sur le peloton.

65 km pour former l’échappée : c’est la statistique la plus représentative de cette étape. 65 km d’attaque à bloc, c’est comme disputer la première moitié d’une classique d’un jour avant d’entrer dans le vif du sujet. C’est aussi pourquoi Carapaz a déclaré : « Aujourd’hui, pas de pression, mais je sais que réussir une échappée dans les deux prochains jours sera bien plus difficile » — car le coût pour entrer dans l’échappée est déjà extrêmement élevé.

3,4 km en solitaire : sur une ascension de 7,1 km, Carapaz a choisi de porter son attaque décisive à 3,4 km de l’arrivée. Cela représente environ 48 % de l’ascension, c’est-à-dire « la seconde moitié ». Pour les cyclosportifs amateurs, c’est un chiffre très utile — sur une montée de quinze à vingt minutes, le point d’attaque le plus efficace se situe généralement entre 40 % et 50 % restants.

19. Fiche ville : Voiron et Orcières-Merlette

Voiron — le départ de cette étape, et également l’arrivée de la 17e étape la veille. Cette ville paisible de plus de 20 000 habitants, située dans la vallée de l’Isère, n’est pas seulement un haut lieu du cyclisme français, c’est aussi une habituée du parcours du Tour de France. Elle a vu pour la première fois la lutte pour le maillot jaune en 1977, et fait partie des très rares villes françaises à avoir accueilli à la fois des étapes du Tour de France et du Tour d’Espagne. Ces dernières années, elle a également été le théâtre du retournement de situation victorieux de David Gaudu, leader de l’équipe française Groupama-FDJ.

Pour les cyclistes, ce qui fait le plus le charme de Voiron, c’est sa situation géographique : à dix kilomètres à l’est se trouve le massif de la Chartreuse, à vingt kilomètres au sud la lisière nord du Vercors, et au nord le lac de Paladru et la plaine de Bièvre. C’est un paradis naturel du vélo, entouré de montagnes, qui permet aux cyclistes de réaliser leurs rêves d’évasion sur les reliefs vallonnés des contreforts des Alpes.

Orcières-Merlette — l’arrivée de cette étape, une station de ski alpin construite dans les années 1960, située au fond de la vallée du Champsaur dans les Hautes-Alpes, à 1 825 m d’altitude (le point culminant du domaine skiable dépasse les 2 700 m). Comme les autres stations françaises développées à la même époque, telles que l’Alpe d’Huez ou La Plagne, son existence même a été pensée « pour que les voitures puissent y monter » — c’est pourquoi cette route de 7,1 km est suffisamment large, avec des pentes régulières et pratiquement aucun passage très raide.

Du point de vue de l’expérience cycliste, c’est une montée « honnête » : le début est le plus raide avec environ 8,2 %, puis la pente se stabilise autour de 7 %, sans changement de pente sournois, ni section de récupération. Vous pouvez fixer votre puissance dès le premier kilomètre et l’exécuter jusqu’au bout.

Pour les cyclistes taïwanais souhaitant faire le pèlerinage, Orcières-Merlette est en réalité plus facile à organiser que l’Alpe d’Huez : la circulation y est moins dense, il y a moins de touristes, le village d’Orcières en contrebas offre de nombreux choix d’hébergement, et Gap n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres. Au départ de Gap, on peut planifier un parcours double ascension « Orcières-Merlette + col du Noyer », qui reprend exactement le meilleur des 18e et 19e étapes.

20. Le point de vue du cycliste taïwanais : la gestion de l’allure sur les longues pentes douces et le timing d’attaque aux arrivées au sommet

Pour les cyclistes taïwanais, la 18e étape est une leçon très pratique, car elle combine deux types de terrains que les cyclistes taïwanais rencontrent le plus souvent, mais qu’ils abordent le plus souvent mal.

I. Les pentes longues et douces : comment aborder les 11,5 km à 5,4 %

La Côte d’Engins est une montée de 11,5 km à 5,4 % de moyenne en pente. Ce type de terrain « long et doux » est en réalité très courant à Taïwan :

  • Le tronçon central de la route provinciale 7A côté Yilan, en direction du col de Siyuan
  • Le tronçon de la route provinciale 14A entre Wushe et Cingjing
  • Certains longs faux plats montants de la route provinciale 3
  • La totalité de la route Yangjin, en montant depuis le côté Jinshan
  • Les routes Yuchang et Ruigang du circuit Hualien-Taitung

Il y a deux erreurs très courantes sur ce type de pente.

La première erreur est de « grimper une pente douce comme une pente raide ». Beaucoup de cyclistes ont l’habitude de considérer la montée comme une affaire de « volonté à toute épreuve », et adoptent donc sur les pentes douces un pédalage à basse cadence et à fort couple. Mais sur une pente d’environ 5 %, votre vitesse peut atteindre 18 à 25 km/h, et à ce moment-là, la résistance de l’air représente déjà 30 à 40 % de la résistance totale — pédaler à fort couple et basse cadence revient à payer à la fois la fatigue musculaire et la résistance de l’air.

La bonne approche est la suivante : maintenir une cadence relativement élevée (85 à 95 rpm), rester assis, et adopter une position du haut du corps relativement basse et profilée. Sur une pente douce, placer les mains sur le bas du cintre (drop) ou sur la partie médiane des cocottes plutôt que sur le haut permet d’économiser une puissance considérable.

La deuxième erreur est de « partir seul à l’avant ». Sur une pente douce, l’aspiration derrière une roue permet encore d’économiser une puissance considérable (environ 15 à 25 %, selon la vitesse). C’est pourquoi, lorsque les professionnels veulent attaquer sur une montée comme la Côte d’Engins, le coût est extrêmement élevé — ils doivent surmonter non seulement la pente, mais aussi la résistance de l’air qu’ils ne partagent plus avec le groupe.

Pour le cycliste amateur, la leçon pratique est la suivante : si vous êtes en sortie de groupe et que vous abordez une longue pente douce, ne vous précipitez pas à l’avant. Restez dans le groupe jusqu’à ce que la pente se raidisse (au-delà de 7 %) avant d’envisager une action ; c’est à ce moment-là que l’efficacité de l’aspiration diminue fortement et que le coût d’une attaque devient raisonnable.

II. Arrivée au sommet : quand porter l’attaque

Sur la montée de 7,1 km, Carapaz a testé à 4,4 km de l’arrivée, puis a fait la décision à 3,4 km de l’arrivée.

Cette décision repose sur une logique physiologique claire. Au-delà de la puissance critique (Critical Power, correspondant approximativement à 100 à 105 % de la FTP), le temps pendant lequel le corps humain peut maintenir l’effort dépend de la taille de la réserve anaérobie W′. Pour un coureur bien entraîné, la W′ se situe entre 15 et 25 kJ. Si votre puissance d’attaque dépasse la puissance critique de 100 watts, une W′ de 20 kJ ne peut soutenir l’effort que pendant environ 200 secondes — soit 3 minutes et 20 secondes.

Converti en distance : sur une pente à 6,7 % à une vitesse de 20 km/h, 3 minutes et 20 secondes représentent environ 1,1 km.

Alors pourquoi Carapaz a-t-il pu tenir sur 3,4 km ? Parce que son attaque n’était pas un « maintien continu au-dessus du seuil », mais plutôt un « sprint initial suivi d’un retour à un niveau légèrement au-dessus du seuil ». La partie réellement au-dessus du seuil ne dure que les trente secondes à une minute de l’explosion initiale ; ensuite, il a ramené sa puissance à un niveau soutenable, s’appuyant sur l’écart déjà créé et l’effondrement psychologique de ses adversaires pour parcourir le reste du chemin.

Les enseignements pour les cyclistes taïwanais :

  1. Le but d’une attaque est de créer une rupture psychologique et de rythme, pas d’écraser par la vitesse pure. La clé d’une attaque réussie réside dans l’instant où « l’adversaire décide de ne pas suivre ».
  2. Après l’attaque, il faut immédiatement revenir à une puissance soutenable. Beaucoup de cyclistes amateurs continuent à fond après leur attaque, et finissent par exploser au bout de trente secondes, se faisant reprendre et se retrouvant dans une situation pire qu’avant.
  3. Faire d’abord une attaque de test avant l’attaque décisive a de la valeur. L’attaque de Carapaz à 4,4 km, qui a été reprise, lui a permis d’éliminer deux adversaires (Johannessen et García Pierna) et de lui révéler l’état des trois autres. Le coût de cette étape est largement compensé par les informations obtenues.
  4. Sur une montée de quinze à vingt minutes, le point d’attaque optimal se situe généralement entre 40 et 50 % de la distance restante. Pour l’exemple du mont Wuling, si l’effort depuis Cuifeng jusqu’au sommet dure environ quarante minutes, le point d’attaque raisonnable se situe après Yuanfeng ; pour le col de Fengguizui (environ vingt minutes), le point d’attaque se situe environ « après le grand virage ».

III. Le coût de l’échappée : 65 km à fond

La leçon la plus importante de la 18e étape concerne en réalité le coût réel d’une « entrée dans l’échappée ».

Du pistolet de départ à la formation de l’échappée, les coureurs ont livré 65 km, près d’une heure et demie de combat à haute intensité. Cela signifie que chaque membre de l’échappée avait déjà dépensé une quantité considérable d’énergie avant même le début réel de la course.

Cela explique deux choses :

  • Pourquoi Carapaz a dit « aujourd’hui pas de pression, mais les deux prochains jours seront beaucoup plus difficiles à réussir » — parce que la concurrence pour l’échappée va devenir de plus en plus féroce.
  • Pourquoi Paré-Peintre, après avoir remporté les points de la montagne sur quatre cols, a perdu face à Carapaz dans la montée finale — parce qu’il avait fourni quatre efforts proches du maximum en plus.

L’analogie pour les cyclistes taïwanais : si vous participez à une course par catégories de 100 km et que vous envisagez de vous échapper du groupe en milieu de course, la question à vous poser n’est pas « est-ce que je peux suivre », mais « combien ai-je déjà dépensé avant de m’échapper ». Dans une course, le nombre d’efforts quasi maximaux que vous pouvez fournir est d’environ trois à cinq ; chacun doit avoir un objectif clair.

IV. Le ravitaillement pour une arrivée en altitude

L’arrivée à l’Alpe d’Huez se situe à 1 825 mètres d’altitude, tandis que les coureurs partent de la vallée de l’Isère à environ 200 mètres. Une course de 4 heures et 26 minutes, avec une température de 26 °C — c’est une course qui nécessite un ravitaillement minutieusement calculé.

L’apport en glucides des cyclistes professionnels modernes à cette intensité atteint désormais 90 à 120 grammes par heure (en combinant glucose et fructose pour dépasser la limite d’absorption intestinale). Pour une course de quatre heures et demie, cela représente 400 à 540 grammes de glucides.

Pour les cyclistes taïwanais qui s’attaquent au mont Wuling, à la route transnordique ou à toute sortie longue de plus de quatre heures, ce principe peut servir de référence : viser 60 à 90 grammes de glucides par heure (la tolérance intestinale des amateurs est généralement inférieure à celle des professionnels et nécessite un entraînement progressif), et surtout, établir un plan de ravitaillement avant le départ — quand manger, quoi manger, où se réapprovisionner en eau — plutôt que d’attendre « d’avoir faim pour décider ».

Par ailleurs, l’augmentation de l’altitude affecte l’appétit et les fonctions gastro-intestinales. Au-delà de 1 500 mètres, beaucoup de personnes ressentent une « incapacité à manger ». La solution consiste à avancer le ravitaillement — consommer la majorité des aliments solides avant d’aborder la montée principale, et ne compter que sur les gels énergétiques et les boissons pour sportifs dans la montée finale.

V. Pour finir : pourquoi ce type d’étape est le plus beau à voir

La 18e étape n’a pas vu de changement au classement général, Pogačar ne terminant même que 13e. Pourtant, elle reste l’une des plus belles étapes de ce Tour de France.

La raison est simple : lorsque le suspense du classement général disparaît, la course revient à sa forme la plus primitive — un groupe de coureurs sans fardeau, se donnant à fond pour remporter une victoire d’étape. La guerre d’échappée de 65 km, la lutte pour les points de la montagne sur quatre cols, le remaniement du groupe de six dans les 47 derniers kilomètres, les deux attaques dans les 7,1 derniers kilomètres — chaque maillon est de la compétition pure.

Et sur cette même montagne, il y a cinquante-cinq ans, un Espagnol nommé Luis Ocaña refusait de la même manière d’accepter que « certaines personnes ne puissent pas être battues ».

C’est pourquoi le Tour de France mérite qu’on veille jusqu’au bout chaque juillet.

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