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Débat GOAT : Pogacar face à Merckx et Hinault, pourquoi la comparaison intergénérationnelle est vouée à rester sans réponse

國際單車

Chaque fois qu’un coureur atteint un certain niveau, le monde du cyclisme déclenche automatiquement le même débat : peut-il être classé parmi les plus grands de tous les temps (GOAT) ?

Tadej Pogačar se trouve précisément à cette position. Il est constamment comparé à des coureurs complets comme Eddy Merckx ou Bernard Hinault, et ce n’est pas qu’une simple discussion de fans sur Internet — c’est un sujet que le milieu professionnel prend très au sérieux.

Le problème, c’est que ce débat souffre dès le départ d’un défaut structurel : le cyclisme sur route de différentes générations n’est tout simplement pas le même sport.

Mettons d’abord les chiffres sur la table

Soyons honnêtes : le palmarès de Pogačar justifie amplement cette discussion.

Grands Tours

  • 5 victoires au classement général du Tour de France : 2020, 2021, 2024, 2025, 2026
  • En 2026, il devient le 5ᵉ coureur de l’histoire à remporter cinq Tours, à égalité avec Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain pour le record absolu
  • 26 victoires d’étape sur le Tour de France
  • En 2020 et 2021, il remporte simultanément le classement général, le maillot à pois et le maillot blanc, seul coureur de l’histoire à réaliser ce triplé
  • 6 victoires au classement général de Grands Tours (Tour de France ×5 + Giro d’Italia 2024)

Monuments

  • 13 au total, deuxième meilleur total de l’histoire
  • Tour de Lombardie ×5 (2021–2025)
  • Liège-Bastogne-Liège ×4 (2021, 2024, 2025, 2026)
  • Tour des Flandres ×3 (2023, 2025, 2026)
  • Milan-San Remo ×1 (première victoire en 2026)
  • Les 19 Monuments de Merckx restent toujours devant

Autres

  • Championnats du monde sur route ×2 (2024, 2025), premier coureur de l’histoire à conserver son titre sur le Tour et aux Mondiaux la même année en 2025
  • Triplé 2024 : Giro + Tour + Mondiaux sur route, 3ᵉ coureur de l’histoire
  • 3 Monuments en une seule saison en 2025, 2ᵉ coureur à y parvenir
  • Premier titre de champion d’Europe en 2025
  • Environ 127 victoires en carrière (ProCyclingStats, mi-2026)

Ce qui manque encore

Une évaluation honnête doit inclure les cases vides :

Non encore accompli Explication
Victoire sur Paris-Roubaix La dernière pièce pour un Grand Chelem des cinq Monuments. Battu par van der Poel en 2025 (2ᵉ), puis battu au sprint sur le vélodrome par Wout van Aert en 2026, encore 2ᵉ
Classement général du Tour d’Espagne La dernière pièce pour un Grand Chelem des Grands Tours, jamais remporté à ce jour
Médaille d’or olympique sur route Pas encore obtenue
Dépasser Merckx 13 : 19 aux Monuments, toujours en retard ; cinq Tours, c’est une égalité, pas une première place en solitaire

Pourquoi la comparaison entre générations est si difficile

1. Le format des courses a changé

Les parcours, le nombre d’étapes, la part des contre-la-montre, la façon dont les étapes de montagne sont conçues : tout cela diffère d’une époque à l’autre. Même si cela s’appelle « vainqueur du Tour de France », la structure des défis à surmonter n’a rien à voir selon les décennies. Comparer directement les nombres de victoires revient à supposer que chaque victoire a la même difficulté — et cette hypothèse est presque certainement fausse.

2. Le matériel est un autre monde

Cadres en carbone, transmission électronique, roues aérodynamiques, système tubeless, capteurs de puissance, soufflerie, communication radio en temps réel — ces éléments ne changent pas seulement la vitesse, mais les possibilités tactiques. Aujourd’hui, décider de lancer une attaque est une décision appuyée par des données ; à une époque plus ancienne, c’était davantage un pari.

À l’inverse, cela signifie aussi qu’il est plus difficile pour un coureur moderne de creuser l’écart : quand tout le monde dispose d’un matériel équivalent, de données de puissance identiques et de la même science de la nutrition, réussir à s’échapper seul pendant 78 kilomètres pour lâcher tout le peloton (comme Pogačar sur les Strade Bianche 2026) n’a pas moins de valeur à cause du progrès du matériel — c’est au contraire plus difficile.

3. La densité du calendrier et la philosophie de participation diffèrent

Les grands coureurs des époques antérieures participaient à un très grand nombre de courses par an, ce qui gonflait naturellement leurs totaux de victoires. Les coureurs professionnels modernes adoptent quant à eux des programmes de saison hautement ciblés, concentrant leur forme sur un petit nombre d’objectifs. Comparer les totaux de victoires entre générations revient à comparer deux stratégies de carrière radicalement différentes.

4. La structure des adversaires est différente

La grandeur d’un coureur est définie pour moitié par ses adversaires. La carrière de Pogačar tombe justement sur une époque où les adversaires sont extrêmement forts :

  • Jonas Vingegaard : l’a battu sur le Tour en 2022 et 2023, considéré comme l’une des plus grandes rivalités de l’ère moderne
  • Mathieu van der Poel : son plus grand rival sur les classiques, 13 : 8 aux Monuments, tous deux très loin devant les autres coureurs en activité. Au printemps 2025, ils ont remporté à eux deux les 4 Monuments. L’ancien vainqueur du Tour Óscar Pereiro qualifie leur rivalité de meilleure depuis les années 1990
  • Remco Evenepoel : 2ᵉ du classement général du Tour 2026 (à 6 min 26 s), vainqueur des étapes 15 et 16
  • Wout van Aert : l’a battu sur le vélodrome de Paris-Roubaix 2026
  • Tom Pidcock : battu d’une demi-roue sur Milan-San Remo 2026
  • Paul Seixas : nouvelle génération, seul à avoir suivi Pogačar sur Liège 2026, 4ᵉ du Tour la même année

Être entouré d’un tel groupe et remporter quand même 13 Monuments et cinq Tours de France, cela fait partie intégrante du débat.

Alors, comment aborder ce débat ?

Mon conseil : ne le traitez pas comme un problème de mathématiques à résoudre, mais comme une manière d’apprécier le cyclisme.

Ce qui peut raisonnablement être comparé Ce qui est difficilement comparable
Le degré de domination face aux adversaires de la même époque Le nombre absolu de victoires entre générations
La polyvalence (Grands Tours + classiques + Mondiaux) Vitesse moyenne, temps d’ascension (le matériel diffère trop)
La largeur de la carrière (nombre de types d’épreuves différents remportés) Les questions hypothétiques du type « aurait-il gagné à cette époque ? »
Le caractère dramatique et la difficulté des moments emblématiques Établir un classement unique avec un seul chiffre

Selon ce tableau, l’argument le plus fort de Pogačar n’est pas « il a gagné plus », mais « il gagne dans tous les registres » : classement général de Grand Tour, étapes de montagne, classique sur gravier, classique pavée, classique vallonnée, championnats du monde — cette polyvalence qui traverse tout le spectre est précisément la qualité centrale qui a fait qualifier Merckx et Hinault de grands à leur époque.

Quant à savoir qui est le GOAT ? Tant que les cases de Paris-Roubaix et du Tour d’Espagne restent vides, tant que les 19 Monuments de Merckx restent devant, ce débat continuera.

Et pour les fans, c’est en réalité la meilleure situation possible — si le débat continue, c’est que l’histoire n’est pas encore écrite.

Résumé

  • Pogačar actuellement : cinq Tours de France (record à égalité), 13 Monuments (deuxième total de l’histoire), 6 Grands Tours, deux titres mondiaux consécutifs
  • Il lui manque encore : Paris-Roubaix, le Tour d’Espagne, l’or olympique, et les 19 Monuments de Merckx
  • Les obstacles à la comparaison entre générations viennent de quatre variables : format des courses, matériel, densité du calendrier et structure des adversaires
  • L’angle d’appréciation le plus pertinent est « le degré de domination face aux adversaires de son époque » et « la largeur de la polyvalence », plutôt que de soustraire directement des chiffres d’époques différentes

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