Nuages de mer, troupeaux de bovins et sculptures sur les prairies : un poème d'une journée à vélo sur le plateau d'Utsukushigahara

Il existe des ascensions où l’écart entre la souffrance et la beauté est si grand qu’il en paraît irréel. Utsukushigahara est de celles-là — elle commence par une pente à 20 % qui vous fait douter de votre existence, puis, au moment où vous êtes sur le point d’abandonner, déploie devant vous un vaste plateau à 2000 mètres d’altitude, ses nuages de mer, ses prairies et ses sculptures.
Si vous ne voyez en Utsukushigahara qu’une simple épreuve difficile, ce serait bien dommage. Ce plateau de lave, situé entre les villes de Matsumoto et d’Ueda dans la préfecture de Nagano, à environ 2000 mètres d’altitude, est l’un des hauts plateaux les plus enchanteurs du Japon. On y trouve un musée d’art en pleine prairie, des troupeaux de bovins en pâture depuis l’ère Meiji, des tours-refuges nées pour braver les brumes épaisses, et des mers de nuages que les photographes guettent au milieu de la nuit. Dans cet article, nous rangeons nos compteurs, et nous redécouvrons Utsukushigahara avec un regard de voyageur.
L’ascension depuis la ville thermale
Le point de départ de l’ascension d’Utsukushigahara se situe autour du parking du stade de baseball de Matsumoto, tout près des bains d’Asama — une zone thermale chargée d’histoire. C’est un point de départ empreint de poésie : vous vous élancez depuis une ville thermale où flottent les volutes de vapeur, grimpez vers le ciel, pour finalement atteindre la hauteur des nuages. Ce contraste d’altitude, « des sources chaudes aux nuages », constitue la trame narrative la plus fascinante d’une échappée à vélo sur Utsukushigahara.
Et en contrebas, Matsumoto est elle-même une ville qui mérite qu’on s’y attarde — le donjon noir du château de Matsumoto, classé trésor national, l’atmosphère de ses vieilles ruelles, tout cela enrichit les moments qui entourent cette sortie à vélo. Matsumoto est un haut lieu culturel du Shinshū. En faire votre base pour l’aventure d’Utsukushigahara, flâner dans les vieilles ruelles la veille au soir, puis partir à l’aube vers les hauts plateaux, c’est un rythme que beaucoup de cyclistes affectionnent.
Cette configuration de « départ depuis une source thermale » confère à l’ascension d’Utsukushigahara une dimension cérémonielle. Vous ne partez pas d’un parking sans âme, mais d’une ville thermale où s’élèvent des volutes de vapeur chargées d’odeurs de soufre. Lorsque vous appuyez sur la première pédale, derrière vous, la vapeur des sources ; devant vous, la longue pente qui mène aux nuages — cette image en elle-même a des allures de scène d’ouverture de film. Et une fois la descente terminée, vous pouvez revenir à ces mêmes sources chaudes pour y immerger la fatigue de la journée. Partir des sources, y revenir : ce chemin coud ensemble « l’effort » et « la guérison » en un cercle parfait. Cette conception fait de l’ascension d’Utsukushigahara bien plus qu’un combat contre la gravité ; c’est un voyage complet, des sources chaudes aux nuages, puis de retour aux sources.
Le musée d’art sur la prairie : une galerie à ciel ouvert de 130 000 m²
Une fois arrivé sur le plateau, le premier site à vous couper le souffle est le Musée d’art des hauts plateaux d’Utsukushigahara.
L’histoire de ce musée est des plus intéressantes : il est né en 1981, à l’occasion de l’ouverture de la Venus Line (ビーナスライン), cette route touristique de montagne, en tant que musée jumeau du « Musée en plein air de la sculpture » de Hakone. C’est un musée de sculptures en plein air — sur une vaste prairie d’environ 130 000 m², quelque 350 sculptures modernes sont exposées en permanence.
Imaginez : vous roulez sur un plateau à 2000 mètres d’altitude, entouré d’un ciel dégagé et de montagnes lointaines, tandis que sur l’herbe se dressent çà et là d’imposantes sculptures modernes, dont les expressions ne cessent de changer au gré de la lumière et du mouvement des nuages. Ce n’est pas de l’art « enfermé » dans un bâtiment, c’est un art qui respire avec le plateau, avec la météo, avec le regard du cycliste. Pour le cycliste, c’est un paysage surréaliste qui vous fait oublier la peine de la pente raide tout à l’heure.
En un tel lieu, l’art et le sport se rencontrent de manière singulière. Vous venez d’accomplir avec votre corps un combat contre la gravité, puis vous croisez ces sculptures silencieuses sur la prairie — entre le mouvement et l’immobilité, ce plateau semble vous dire qu’il y a bien des façons d’arriver, et que gravir à la force des jambes n’est que la plus honnête d’entre elles.
Ce musée a une autre signification : il transforme le « regard » en une expérience corporelle. Dans un musée urbain, vous contemplez les œuvres derrière des vitres à température et humidité constantes, sous un éclairage artificiel ; mais à Utsukushigahara, vous rencontrez les sculptures dans le vent réel, la lumière réelle, l’air réel des hauts plateaux. Un nuage passe, l’œuvre s’assombrit ; le soleil perce, la surface métallique s’illumine. La même sculpture, par temps clair, dans la brume, sous les rayons du soir, selon les saisons, offre des expressions totalement différentes. Cette contemplation accomplie avec la météo, un musée d’intérieur ne pourra jamais la donner. Et vous, cycliste tout juste monté sur le plateau, vous atteignez cette galerie à ciel ouvert par le moyen le plus primitif qui soit — vos propres jambes —, rendant cette rencontre d’autant plus précieuse.
Le mont Ōgatō et la tour Utsukushi no Tō : deux monuments du plateau
Le sommet d’Utsukushigahara est le mont Ōgatō, à 2034 mètres d’altitude, situé à l’ouest du plateau, couronné de plusieurs grandes tours de transmission. Depuis le mont Ōgatō, la vue est un panorama à 360 degrés — par beau temps, le mont Fuji, les monts Yatsugatake et les Alpes du Nord apparaissent tour à tour à l’horizon. Cette sensation d’« être au bord du plateau, embrassant du regard les montagnes célèbres de la moitié du Honshū », c’est la récompense la plus généreuse qu’Utsukushigahara offre à ceux qui ont pris la peine de monter.
L’autre monument — la tour Utsukushi no Tō — renferme une histoire plus douce. Cette tour de pierre d’environ 6 mètres de haut a été érigée parce que le plateau d’Utsukushigahara est souvent enveloppé d’un épais brouillard, et que de nombreux accidents de montagne s’y sont produits par le passé ; elle est équipée d’une « cloche à brume » servant de tour-refuge. Lorsque le brouillard est si dense que la visibilité chute brutalement, les personnes égarées peuvent se repérer au son de la cloche. C’est aussi le plus grand monument littéraire du Japon. Une tour qui est à la fois un refuge et un poème gravé dans la pierre — cette coexistence du pratique et du poétique résume bien le caractère d’Utsukushigahara.
Imaginez, dans la brume épaisse, entendre la cloche sonner au loin, coup après coup, guidant les égarés — cette image a en elle-même quelque chose de romanesque. Elle rappelle que cette prairie de haute altitude, d’apparence si douce, a aussi son côté sérieux, voire dangereux. La beauté n’est jamais sans contrepartie.
Cette tour, à la fois « refuge » et « monument littéraire », symbolise bien la double nature d’Utsukushigahara. Elle guide concrètement les égarés dans la brume, tout en portant poétiquement les mots et les émotions. Cette coexistence du pragmatisme et du romantisme est précisément l’impression profonde que laisse ce plateau — ce n’est pas un simple site touristique destiné aux photos, c’est une terre avec une histoire, des récits, et même des vies perdues. Lorsque vous faites l’aller-retour entre le panorama du mont Ōgatō et l’histoire de la cloche de la tour Utsukushi no Tō, vous sentez que la « beauté » d’Utsukushigahara a du poids, et ce poids vient des années qu’elle a partagées avec les hommes.
Pastorale : les troupeaux sur la prairie
Ce qui rend Utsukushigahara si attendrissante, ce sont en grande partie ces vaches.
Sous le mont Ōgatō s’étend le ranch de Mijō, exploité depuis l’ère Meiji ; chaque année, d’environ juin à octobre, les troupeaux paissent sur les herbages du plateau. Lorsque vous roulez sur la route du plateau, que vous voyez les vaches brouter paisiblement, la tête baissée, avec au loin les crêtes montagneuses qui se succèdent, cette image « bucolique » vous fait comprendre instantanément pourquoi les Japonais considèrent Utsukushigahara comme un sanctuaire de villégiature et de ressourcement. L’été sur le plateau est frais et agréable ; c’est la saison la plus vivante de ce ranch, et le moment où l’on ressent le mieux la douceur de caractère de ce haut plateau.
Le son des cloches des vaches, l’odeur de l’herbe fraîche, l’air vif de l’altitude — ces détails sensoriels rendent votre souvenir de l’ascension plus tangible. Des années plus tard, vous aurez peut-être oublié votre vitesse moyenne et votre temps ce jour-là, mais vous vous souviendrez de cet instant où, sur la prairie, une vache a levé la tête pour vous regarder. C’est ce que laisse Utsukushigahara : non pas des données, mais des images.
Cette culture pastorale donne aussi à Utsukushigahara une chaleur singulière. Ce n’est pas un sommet intimidant qui impose le respect, mais un haut plateau où des gens vivent, où des animaux séjournent, et qui est entretenu de génération en génération. Lorsque vous roulez sur la route qui longe le ranch, vous n’êtes pas un intrus, mais un passant dans ce paysage pastoral. Ce sentiment d’« harmonie avec la terre » est ce qu’il y a de plus apaisant dans une échappée à Utsukushigahara — il vous permet, tout en repoussant vos limites physiques, d’être enveloppé par une douceur du quotidien.
Mer de nuages et brume épaisse : les deux visages du plateau
Utsukushigahara est un site réputé pour sa mer de nuages et son observation des étoiles. Aux petites heures d’un matin d’automne, lorsque les conditions sont réunies, les nuages en contrebas s’étendent en une mer blanche et ondulante, et vous vous tenez au-dessus de cette mer de nuages, regardant la lumière du soleil teindre les nuages d’or, centimètre par centimètre. C’est une scène que beaucoup attendent spécialement. (La rencontre effective avec la mer de nuages dépend toujours des conditions météorologiques du jour ; c’est une question de chance, impossible à provoquer.)
Une fois la nuit tombée, loin de la pollution lumineuse des villes, Utsukushigahara devient une scène idéale pour l’observation des étoiles. À 2000 mètres d’altitude, avec une vue dégagée, le ciel est constellé d’étoiles si basses qu’elles semblent à portée de main — un ciel nocturne que l’on ne verra jamais en plaine. Si vous prévoyez de passer une nuit sur le plateau, la mer de nuages au petit matin et le ciel étoilé de la nuit doubleront l’épaisseur des souvenirs de ce voyage à vélo. Imaginez : après avoir gravi une longue côte toute la journée, vous sortez de votre hébergement la nuit, levez les yeux et découvrez toute une Voie lactée éclatante — cette récompense venue du ciel et de la terre est un cadeau réservé à ceux qui choisissent de rester pour la nuit.
Pour les cyclistes taïwanais, cette expérience complète sur le plateau — « défi le jour, contemplation des étoiles la nuit, attente de la mer de nuages à l’aube » — est difficilement reproductible à Taïwan. Bien que les hautes montagnes taïwanaises soient majestueuses, la combinaison unique d’Utsukushigahara — « plateau sommital + musée d’art en plein air + troupeaux de bovins en pâture + point de départ vers une source thermale » — possède un charme japonais incomparable. Si vous souhaitez satisfaire à la fois votre soif de défi et votre envie de voyage en un seul séjour, organiser Utsukushigahara sur deux jours et une nuit, en passant une nuit sur le plateau, sera un choix très rentable et précieux.
Mais ce même plateau a aussi son côté sévère. La brume épaisse évoquée plus tôt — dont la tour Utsukushi no Tō est elle-même la preuve — peut descendre sans le moindre avertissement, engloutissant toute la prairie dans un blanc laiteux. Cela rappelle à chaque cycliste : la beauté d’Utsukushigahara a son caractère. Sa mer de nuages et sa brume épaisse sont en réalité les deux visages d’un même temps.
Une course de côte qui traverse plus d’un quart de siècle
La signification d’Utsukushigahara pour les cyclistes vient aussi de cette course de côte organisée chaque année — le Tour d’Utsukushigahara Kōgen Cycling Race. Lancée en 2000, cette épreuve a déjà traversé plus d’un quart de siècle ; c’est l’une des grandes courses de côte japonaises, portée par les forces locales de la ville de Matsumoto, la Chambre de commerce et d’industrie de Matsumoto, l’association touristique d’Asama Onsen, et d’autres.
Si elle occupe une place importante dans le cœur des cyclistes, c’est précisément à cause de la légende de sa rampe d’ouverture — une pente maximale dépassant les 20 % — qui permet à chaque finisher de déclarer fièrement : « J’ai gravi Utsukushigahara. » Cette course coud ensemble un plateau, une pente raide, la culture thermale d’une petite ville et sa passion touristique dans un seul et même parcours de montée. Lorsque des milliers de cyclistes s’élancent par un matin d’été depuis le stade de baseball de Matsumoto, grimpant toujours plus haut vers les nuages, cette route cesse d’être une simple ligne sur une carte : elle devient la fierté de toute une région.
Matsumoto, Shinshū : prolonger le voyage à vélo en un véritable séjour
Au pied d’Utsukushigahara se trouve Matsumoto — le cœur culturel du Shinshū (ancien nom de Nagano). Étendre le voyage à vélo d’Utsukushigahara sur deux ou trois jours est la meilleure façon de s’imprégner pleinement de cette terre.
Le monument le plus célèbre de Matsumoto est le château de Matsumoto, classé trésor national. Ce donjon noir préservé jusqu’à nos jours est l’un des plus anciens châteaux en bois encore existants au Japon ; son reflet dans les douves offre des paysages différents à chaque saison. Le lendemain de l’ascension d’Utsukushigahara, flâner dans les vieilles rues au pied du château et déguster un bol de soba du Shinshū est le meilleur repos pour les jambes.
La culture gastronomique du Shinshū mérite aussi qu’on s’y attarde. La région est réputée pour ses soba ; la pureté de l’eau de montagne donne naissance à des nouilles élastiques ; le climat du plateau convient également à la culture des fruits et légumes. En intégrant la gastronomie locale à votre itinéraire, vos souvenirs d’Utsukushigahara ne seront plus seulement la douleur de la montée, mais aussi le terroir du Shinshū sur vos papilles.
Et la Venus Line (Bīnasu Rain) , qui relie tout le plateau, est une route touristique célèbre au Japon. Elle serpente du pied de la montagne jusqu’au plateau, reliant des sites d’altitude comme Utsukushigahara et Kirigamine — une route panoramique convoitée par les amateurs de conduite comme de vélo. Si vous disposez de temps, prolonger votre itinéraire le long de la Venus Line vers des routes de plateau plus longues enrichira encore davantage les couches de ce voyage.
Utsukushigahara au fil des saisons : un plateau qui change de tenue
Le charme d’Utsukushigahara tient aussi à sa métamorphose radicale au fil des saisons.
De la fin du printemps au début de l’été, c’est la saison du réveil du plateau. La neige fond, la prairie reverdit, et les rhododendrons lotus (rengetsutsuji) près de la ligne d’arrivée commencent à fleurir, parsemant la prairie d’une mer de fleurs orange-rouge. L’air est alors pur, la température agréable — c’est l’une des saisons les plus confortables pour pédaler.
En plein été, Utsukushigahara est un paradis de fraîcheur. Quand les villes en contrebas étouffent sous la chaleur, le plateau à 2000 mètres reste frais comme en automne. Les troupeaux de la ferme de Sanjō paissent dans les prés, et ce tableau bucolique atteint son moment le plus vivant. C’est aussi la saison où les cyclistes sont les plus nombreux — tous veulent s’échapper vers le plateau pour profiter de cette fraîcheur si précieuse.
En automne, le plateau se pare d’or et de rouge ocre. La prairie jaunit, les montagnes lointaines se teintent, la mer de nuages est fréquente aux aurores — c’est la saison préférée des photographes. La fraîcheur s’installe, et il faut commencer à penser à se couvrir en roulant. En cette saison, la lumière d’Utsukushigahara est particulièrement douce ; le soleil rasant étire de longues ombres chaudes sur les sculptures et les troupeaux de la prairie — c’est le moment le plus photogénique de l’année.
En hiver, le plateau est recouvert d’une épaisse couche de neige, et la plupart des routes d’accès sont fermées. C’est la saison où Utsukushigahara sommeille, rappelant aux gens que ce plateau si doux a aussi son côté rude. La neige bloque les routes et scelle aussi toute l’agitation du plateau, jusqu’au printemps suivant où la fonte, l’herbe verte et les rhododendrons le réveillent une fois de plus.
C’est précisément grâce à ce cycle si marqué des saisons qu’Utsukushigahara est, pour beaucoup de cyclistes, une route « qui vaut la peine d’être gravie une fois à chaque saison ». Les rhododendrons au printemps, la pastorale en été, la mer de nuages en automne — chaque visite est une rencontre avec un plateau différent. Cette richesse d’« une même route, quatre visages » maintient la place d’Utsukushigahara dans le cœur des cyclistes, et fait de chaque retour une nouvelle rencontre.
La même montée, gravie à des saisons différentes, offre une expérience totalement différente. C’est aussi la raison pour laquelle beaucoup la gravissent encore et encore sans jamais se lasser.
Ce que cette route signifie pour les cyclistes
Ce qu’Utsukushigahara enseigne aux cyclistes, c’est la version concrète de « après la souffrance, il y a le paysage ».
Elle ne cache pas sa cruauté — dès l’entrée, un mur à 20 % ; mais elle ne lésine pas non plus sur sa douceur — prairie, sculptures, troupeaux, mer de nuages, cloche de brume. Ce contraste saisissant fait de chaque sommet une petite rédemption : vous échangez la souffrance de l’entrée contre l’immensité du plateau.
Lorsque vous posez votre vélo sur le plateau sommital, regardant les sculptures projeter de longues ombres sur la prairie, les troupeaux paissant au loin, les nuages montant d’en bas, vous comprenez : Utsukushigahara n’est pas une route à conquérir, mais un plateau à atteindre, puis à contempler en silence. Avec toute la lumière d’un après-midi, il vous dira lentement que cette rampe infernale en valait la peine.
Pourquoi Utsukushigahara mérite un voyage spécial
Le Japon compte d’innombrables routes de plateau, mais Utsukushigahara possède plusieurs caractéristiques difficiles à reproduire ailleurs, qui lui assurent une place permanente dans la liste des cyclistes.
La première est la forte théâtralité. Partir de la rue thermale, heurter la rampe légendaire, endurer la montée intermédiaire, puis déboucher sur la prairie ouverte au-dessus des nuages — la courbe émotionnelle de cette route est celle d’un film bien construit, avec ses creux, ses rebondissements, son apogée. Après avoir gravi Utsukushigahara, vous n’avez pas seulement accompli un effort sportif ; vous avez traversé une histoire complète.
La deuxième est la rencontre de l’art et de la nature. Le musée de sculptures en plein air sur les 40 000 tsubo de prairie confère à ce plateau une épaisseur culturelle qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Ce que vous rencontrez ici, ce ne sont pas seulement des montagnes et de l’herbe, mais aussi la réponse des artistes à ce ciel et cette terre. Cette expérience d’« atteindre l’art par le corps » est le charme unique d’Utsukushigahara.
La troisième est la vue imprenable. Depuis le sommet de Ōgatō, le mont Fuji, les monts Yatsugatake et les Alpes du Nord se déploient en une seule ligne ; la mer de nuages aux aurores d’automne, le ciel étoilé de la nuit — ce plateau à 2000 mètres étale devant vous, d’un seul coup, les paysages les plus grandioses du Japon central.
Additionnez ces trois éléments, et Utsukushigahara n’est plus simplement « une montée difficile », mais un voyage complet mêlant sport, art et nature. Pour un cycliste prêt à parcourir le chemin pour une belle route, elle vaut absolument chaque centime.
Pour celles et ceux qui s’apprêtent à partir
Si vous êtes en train de peser le pour et le contre avant de vous attaquer à Utsukushigahara, je vous dis ceci : allez-y, mais avec respect.
Avec le respect dû à cette pente terrible — préparez le braquet le plus léger, échauffez-vous correctement, autorisez-vous à être lent, et même à poser pied à terre sur le passage le plus raide pour reprendre votre souffle. Avec le respect dû à ce haut plateau — soyez attentifs aux conditions météo changeantes et au brouillard épais, emportez de quoi vous couvrir, et placez la sécurité avant la performance. Et avec l’enthousiasme dû à ce voyage — ne vous contentez pas de foncer, prenez le temps de vous arrêter sur les prairies, d’admirer les sculptures, les troupeaux de bovins, et les nuages qui montent depuis la vallée.
Utsukushigahara mettra votre détermination à l’épreuve avec une pente terrible, et récompensera votre persévérance avec tout un plateau. Lorsque vous vous arrêterez sur la prairie au-dessus des nuages et que vous regarderez en arrière la route que vous venez de gravir, vous remercierez sincèrement la personne qui a décidé de se lancer. C’est là, le cadeau le plus précieux qu’Utsukushigahara, ce plateau de la préfecture de Nagano, offre à chaque cycliste.
Et avant de fouler véritablement ce haut plateau, pourquoi ne pas répéter mentalement ce voyage : partir d’Asama Onsen, où s’élève la vapeur des sources chaudes, affronter cette pente terrible qui coupe le souffle à d’innombrables cyclistes, reprendre son souffle au bord du lac Misuzu, traverser le col Takeshi, et enfin atteindre cette prairie au-dessus des nuages, avec ses sculptures, ses troupeaux et sa cloche à brume. Chaque portion de cette route a son histoire et son paysage ; et lorsque vous aurez relié ces histoires une à une avec vos jambes, elles ne seront plus seulement des légendes racontées par d’autres, mais vos propres souvenirs.
Si Utsukishigahara parvient à conserver une place de choix parmi les innombrables itinéraires de haute altitude du Japon, c’est précisément parce qu’il marie si naturellement le « défi » et la « beauté ». Il ne se vante pas par une altitude ou une distance intimidantes, mais par une pente terrible digne des légendes et une prairie au-dessus des nuages à couper le souffle, qui font tomber chaque cycliste sous son charme, de plein gré. Puissiez-vous, à la bonne saison, avec le respect et l’enthousiasme dus à ce haut plateau, aller pédaler à Utsukishigahara par vous-même — et vous comprendrez alors pourquoi tant de cyclistes sont prêts à faire tout ce chemin pour cette prairie d’altitude.
Suggestions d’étapes
- Asama Onsen : la rue thermale d’où part l’itinéraire, idéale pour se loger et se baigner avant et après le parcours.
- Château de Matsumoto : le donjon classé trésor national dans la ville de Matsumoto au pied de la montagne, à intégrer dans une demi-journée d’excursion.
- Musée d’art en plein air d’Utsukushigahara : un musée de sculptures à ciel ouvert sur la prairie, qui vaut le détour pour une promenade et une expérience visuelle façonnée par l’art et la météo d’altitude.
- Venus Line (ビーナスライン) : la route touristique classique qui relie les hauts plateaux, permettant de prolonger l’itinéraire vers d’autres routes d’altitude ; une route panoramique convoitée par les automobilistes comme par les cyclistes.
- Observer les étoiles et la mer de nuages depuis un hébergement d’altitude : passez une nuit sur le plateau pour attraper la mer de nuages à l’aube et le ciel étoilé nocturne, et rendre le souvenir de ce voyage à vélo plus complet et plus intense.
Rappel saisonnier : sur les routes d’altitude menant à Utsukishigahara, certaines sections sont fermées ou réglementées en hiver en raison de la neige ; la meilleure période pour pédaler s’étend de la fin du printemps à l’automne. Avant de partir, consultez l’état d’ouverture des routes d’altitude et les conditions météo du jour. Emportez des vêtements chauds, car même si la vallée est douce, le plateau à 2000 mètres conserve toujours une fraîcheur qui vous refroidira lentement de la chaleur de la pente.
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