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Récit de l'étape 21 du Tour de France 2026 : Touary → Champs-Élysées — Montmartre réécrit la finale, Van der Poel vole Paris aux sprinteurs

賽事分析

Le 26 juillet 2026, dernier jour de la 113e édition du Tour de France.

Le scénario initial était le suivant : un départ de Thoiry, dans les Yvelines, 132,5 kilomètres pour rejoindre Paris, l’ascension des pentes escarpées de Montmartre, et une arrivée au sprint sur l’avenue des Champs-Élysées.

Ce qui s’est réellement passé fut différent. En raison des incendies de forêt en Gironde qui ont mis à rude épreuve les effectifs de police, cette étape a été raccourcie de 43,8 kilomètres : la cérémonie des signatures a bien eu lieu à Thoiry, mais les équipes ont ensuite rejoint Paris en bus, et la course s’est élancée directement des Champs-Élysées, pour une distance totale de seulement 88,7 kilomètres.

Et celui qui a remporté cette étape finale réécrite est le coureur le plus difficile à catégoriser du cyclisme — Mathieu VAN DER POEL (ALPECIN-PREMIER TECH). Son coéquipier Jasper PHILIPSEN a pris la 2e place, l’équipe signant un doublé sur les Champs-Élysées.

Le même jour, Tadej POGAČAR a endossé à Paris son cinquième maillot jaune de vainqueur du Tour de France.

Voici le compte-rendu complet de cette étape, ainsi que la rétrospective des vingt et un jours du Tour 2026.

I. Une étape finale réécrite par les incendies

Commençons par expliquer ce qui s’est passé.

Le tracé initial de la 21e étape était de 132,5 kilomètres, partant de Thoiry, passant par la direction de Versailles pour entrer dans la banlieue sud-ouest de Paris, grimpant d’abord une côte de 4e catégorie, la Côte du Pavé des Gardes (0,7 km à 9,7 %), puis entrant dans la boucle de Montmartre en ville, avec plusieurs ascensions de la Côte de la Butte Montmartre (environ 1,0 à 1,1 km à 6,5 % de moyenne, sommet à environ 128 mètres d’altitude), avant une descente finale vers les Champs-Élysées.

Mais avant la course, les incendies de forêt en Gironde ont entraîné le redéploiement d’une grande partie des forces de police vers le sud. L’étape finale parisienne du Tour nécessite des effectifs policiers massifs pour les fermetures de routes et la sécurité — Champs-Élysées, Arc de Triomphe, Montmartre, les abords du Sacré-Cœur, tous sont des espaces publics parmi les plus sensibles de Paris. Face à cette pénurie d’effectifs, l’organisateur, A.S.O., a pris une décision raisonnable : conserver la cérémonie et le statut de ville de départ pour Thoiry, mais compresser la course réelle dans Paris intra-muros.

L’étape est donc devenue : le podium des signatures à Thoiry comme prévu, les équipes se présentent comme d’habitude, puis transfert en bus vers Paris, départ officiel de la course sur l’avenue des Champs-Élysées, pour une distance totale de 88,7 kilomètres, conservant le profil de 4e catégorie avec notamment trois ascensions de Montmartre, et une descente finale de 11 kilomètres pour revenir à l’arrivée sur les Champs-Élysées.

Ce n’était pas la première fois de cette édition que le parcours était modifié pour des raisons extérieures. La 9e étape avait été raccourcie de 30 kilomètres en raison d’une alerte rouge canicule ; la 4e étape s’est déroulée sous une chaleur proche de 40 degrés ; et dans les Pyrénées, lors de la 3e étape, les incendies avaient également limité l’accès du public. Le Tour 2026 est une édition sans cesse perturbée par le climat et les incendies, et le raccourcissement du dernier jour n’est que la dernière note de bas de page de cette histoire.

D’un point de vue sportif, 88,7 kilomètres n’est en réalité pas si court pour une étape finale. Les étapes finales traditionnelles des Champs-Élysées font généralement entre 100 et 130 kilomètres, dont la première moitié est une procession célébratoire, la vraie course ne commençant que dans les boucles urbaines. En raccourcissant, on a sauté directement la procession, et la course a été lancée dès le premier kilomètre — ce qui a paradoxalement rendu cette étape plus dense et plus disputée.

Temps du vainqueur : 1 heure 58 minutes 49 secondes, soit une moyenne horaire sur l’étape d’environ 44,8 km/h. Ce chiffre dit tout : ce ne fut pas une promenade.

II. Thoiry : le départ qui n’a pas eu lieu

Bien que la course ne soit pas réellement partie de Thoiry, cette petite ville mérite d’être présentée — c’est la plus singulière des vingt et une villes de départ de cette édition.

Thoiry est située dans les Yvelines, à l’ouest de Paris, et compte environ 1 450 habitants. Elle est célèbre pour deux raisons : un magnifique château de style Renaissance, et l’un des plus grands parcs animaliers d’Europe.

Le Wow Safari Thoiry a ouvert en 1968. Le parc abrite plus de 1 500 animaux, répartis en zones thématiques comme la plaine africaine (éléphants, zèbres, girafes) que l’on traverse en voiture, et la réserve américaine (ours noirs, bisons). Il attire plus de 600 000 visiteurs par an. Pour une ville d’un peu plus d’un millier d’habitants, c’est un chiffre assez stupéfiant — le nombre de visiteurs est plus de 400 fois supérieur à la population.

Le choix du Tour de faire de cette ville le départ de l’étape finale correspond bien à la philosophie de parcours récente d’A.S.O. : ne pas chercher seulement une ville facile d’accès, mais un lieu « avec une histoire, avec des images ». Des vues aériennes du peloton traversant les routes de campagne à côté du parc animalier auraient fait de très bonnes images télévisées.

Malheureusement, en 2026, ces images ne se sont pas concrétisées. Thoiry devient l’une des rares villes de départ de l’histoire du Tour à avoir été « affichée, mais pas réellement parcourue ».

III. Montmartre : la deuxième année où la formule des Champs-Élysées a été brisée

Pour comprendre la portée de l’étape finale 2026, il faut d’abord comprendre la tradition des Champs-Élysées elle-même.

Depuis 1975, le Tour de France a fixé l’arrivée de son étape finale sur l’avenue des Champs-Élysées à Paris. Cette avenue, qui s’étend de l’Arc de Triomphe à la place de la Concorde, est devenue l’une des lignes d’arrivée les plus célèbres du cyclisme — l’endroit que tout sprinteur rêve de gagner une fois par an, et l’endroit où le vainqueur du classement général lève sa coupe de champagne au coucher du soleil. (La seule exception fut 2024, lorsque l’arrivée du Tour fut déplacée à Nice en raison des besoins de sites pour les Jeux Olympiques de Paris.)

Pendant cinquante ans, cette formule n’a presque pas changé : une première partie en procession, photos d’équipes, champagne pour le maillot jaune, puis entrée dans la boucle des Champs-Élysées, déploiement des trains de sprinteurs, et décision finale sur la ligne droite devant la place de la Concorde. C’est un rituel « garanti d’être remporté par un sprinteur ».

Puis l’organisateur a ajouté Montmartre.

La Côte de la Butte Montmartre est la montée qui mène à la basilique du Sacré-Cœur. Elle fait environ 1,0 à 1,1 kilomètre à 6,5 % de moyenne, avec un sommet à environ 128 mètres d’altitude. Selon les critères de la pure escalade, ce n’est qu’une côte de 4e catégorie, et encore, c’est limite. Mais son importance ne réside pas dans sa pente, mais dans le revêtement et l’environnement :

  • Pavés et surface irrégulière. Une partie de Montmartre est pavée du vieux Paris, glissante et cahoteuse, très différente de l’asphalte des Champs-Élysées.
  • Des routes extrêmement étroites et des virages serrés. C’est un quartier du XIXe siècle, pas conçu pour la compétition cycliste.
  • Répétée plusieurs fois en fin de parcours. Une montée d’1 km à 6,5 % n’est rien pour un professionnel ; mais la répéter trois fois à 50 km/h dans une boucle, la charge anaérobie accumulée vide les jambes des purs sprinteurs.
  • Une densité de spectateurs extrême. Les abords du Sacré-Cœur sont déjà l’une des zones touristiques les plus fréquentées de Paris ; l’effet de mur humain lorsque le Tour passe rend la route encore plus étroite.

L’effet de cette conception est très clair : elle ne garantit plus la victoire d’un sprinteur sur les Champs-Élysées. Les « attaquants polyvalents », capables de grimper une courte côte, de passer les sections techniques et d’avoir assez de vitesse, ont soudain une opportunité de s’emparer de la victoire la plus prestigieuse de l’étape finale.

Le résultat de 2026 est la meilleure preuve de cette conception.

IV. Analyse du parcours : trois Montmartre et les 11 derniers kilomètres

Pour la 21e étape raccourcie, la course s’est élancée de l’avenue des Champs-Élysées, le parcours se déroulant dans Paris, avec une ascension de 4e catégorie, dont trois passages par la Côte de la Butte Montmartre, puis une descente de Montmartre et environ 11 kilomètres pour revenir à la ligne d’arrivée des Champs-Élysées.

Décomposition technique de la montée de Montmartre :

  • La bataille de position avant la montée est cruciale. La route étant étroite, être 20e ou 5e en bas de la côte peut faire une différence de 5 à 10 secondes. Toutes les équipes commencent à se battre pour la position 2 kilomètres avant.
  • L’explosion dans la pente. 1 km à 6,5 % représente pour un professionnel un effort d’environ 2 min 15 s à 2 min 30 s, à une intensité dans la zone VO2max. Après trois répétitions, la puissance explosive des purs sprinteurs diminue nettement.
  • La descente et les virages au sommet. La descente de Montmartre est la partie la plus dangereuse de ce secteur — étroite, avec des virages serrés, une surface inégale, et elle se fait souvent alors que le peloton est déjà étiré.
  • La récupération entre chaque tour. Entre la descente de Montmartre et la montée suivante, il y a une section urbaine relativement plate où la vitesse peut dépasser 55 km/h. L’abri et la gestion de la position sur cette section déterminent votre état pour la montée suivante.

Les 11 derniers kilomètres : de la dernière descente de Montmartre à l’arrivée sur les Champs-Élysées, environ 11 kilomètres. La nature de cette section est la « recomposition » — le peloton dispersé par Montmartre tente de se reformer, les équipes de sprinteurs s’épuisent à ramener les échappés. Mais 11 kilomètres à 55 km/h ne représentent qu’environ 12 minutes. Si l’écart est déjà de plus de 20 secondes, il est extrêmement difficile de revenir.

La ligne droite finale des Champs-Élysées a aussi ses spécificités : la surface est pavée, la largeur est immense, on y entre généralement depuis la place de la Concorde, et les 500 derniers mètres sont en légère montée. Le sprint ici ne demande pas seulement une vitesse de pointe maximale, mais aussi une très longue durée d’effort explosif et un sens aigu de la position.

V. Situation avant l’étape : maillot jaune décidé, que reste-t-il à jouer ?

À l’aube du dernier jour, le classement général était le suivant :

  • POGAČAR en 72 h 53 min 44 s
  • EVENEPOEL à 6 min 26 s
  • DEL TORO à 9 min 42 s
  • SEIXAS à 11 min 56 s
  • MARTINEZ à 13 min 02 s

Selon la tradition du Tour, le temps au classement général de la dernière étape est gelé dès l’entrée dans la boucle urbaine (sauf en cas de bordure), ces cinq positions sont donc pratiquement acquises. Le maillot vert (PEDERSEN), le maillot à pois (CARAPAZ) et le maillot blanc (DEL TORO) sont également mathématiquement verrouillés.

Alors, que reste-t-il à jouer aujourd’hui ?

Premièrement, la victoire d’étape la plus précieuse du Tour. Le vainqueur d’étape sur les Champs-Élysées occupe une place dans la carrière d’un sprinteur juste derrière le titre de champion du monde. Beaucoup de sprinteurs ont pour objectif annuel ce jour précis.

Deuxièmement, le classement annuel des sprinteurs. Le maillot vert est attribué, mais qui gagne le dernier jour détermine la narration de toute la saison.

Troisièmement, la fenêtre d’opportunité pour les coureurs offensifs. Grâce à Montmartre, cette étape n’est plus l’apanage des purs sprinteurs. Pour les coureurs offensifs sans résultat sur toute l’édition, c’est le dernier ticket de loterie.

VI. Récit de course (1) : un départ inhabituel depuis les Champs-Élysées

Dans une étape finale normale, les 50 premiers kilomètres sont une célébration. L’équipe du maillot jaune se range en ligne pour les photos, chaque équipe vient saluer à tour de rôle, la vitesse peut n’être que d’un peu plus de 30 km/h.

En 2026, cette partie n’a pas existé.

Parce que la course s’est élancée directement des Champs-Élysées, que la distance totale n’était que de 88,7 kilomètres et que le parcours se déroulait presque entièrement dans les boucles urbaines, cette course a été une vraie course dès le premier kilomètre. La moyenne du vainqueur, 44,8 km/h, sur un parcours urbain comportant trois montées et de nombreux virages, est un chiffre très élevé.

Ce type de départ favorise deux types de coureurs : ceux qui veulent s’échapper (sans période de procession lente, une échappée s’établit plus facilement dans la confusion) ; et ceux capables d’efforts anaérobies répétés (car Montmartre arrive plus vite et plus densément).

Pour les purs sprinteurs, c’est une mauvaise nouvelle. La première moitié lente et processionnaire d’une étape finale traditionnelle est en réalité une fenêtre importante pour préserver leurs forces. La supprimer, c’est les jeter directement dans la machine à broyer des trois Montmartre.

VII. Récit de course (2) : trois passages à Montmartre

Les trois ascensions de Montmartre ont été la véritable course de cette étape.

Le tableau des résultats permet plusieurs constats :

Premièrement, le peloton n’a pas été complètement disloqué. Les 30 premiers du classement officiel sont tous crédités du même temps : 1 h 58 min 49 s — passage sur la ligne groupé. Cela signifie que le groupe de tête comptait au moins 30 coureurs. Autrement dit, Montmartre a créé une sélection, mais pas une cassure décisive.

Deuxièmement, la sélection a bien eu lieu. En observant la composition du top 30 : VAN DER POEL, PHILIPSEN, PEDERSEN, Max KANTER, Olav KOOIJ, Matej MOHORIČ, Michael MATTHEWS, Biniam GIRMAY, Jasper STUYVEN, Filippo GANNA, Marco HALLER, Victor CAMPENAERTS, Jonas ABRAHAMSEN… C’est une liste de « coureurs rapides capables de grimper une courte côte », et non une liste de « purs sprinteurs ». Le fait que des coureurs comme MOHORIČ, CAMPENAERTS, ABRAHAMSEN ou GANNA restent dans le groupe de tête prouve en soi que Montmartre a éliminé une partie des sprinteurs poids lourds.

Troisièmement, la 30e place est pour Tadej POGAČAR. Le maillot jaune a franchi la ligne en même temps que le groupe de tête — non seulement il n’a pas lâché prise, mais il a suivi jusqu’au bout. Pour quelqu’un qui mène le classement général avec 6 min 26 s d’avance et qui n’a absolument aucun risque à prendre, c’est un comportement assez représentatif.

Quatrièmement, ALPECIN-PREMIER TECH a réalisé le doublé. VAN DER POEL 1er, PHILIPSEN 2e. Un tel résultat signifie généralement une chose : l’équipe avait deux cartes en main dans la phase finale, et elle a joué les deux correctement.

VIII. Récit de course (3) : le timing de Van der Poel

Les 11 derniers kilomètres, de la descente de Montmartre au retour sur les Champs-Élysées.

La manière dont VAN DER POEL a gagné est la partie la plus intéressante de cette étape. Le classement officiel indique que les 30 premiers ont franchi la ligne groupés, ce qui signifie que la décision finale s’est jouée sur une très courte distance — soit un sprint de groupe après réduction des effectifs, soit une attaque dans les derniers centaines de mètres, avec un écart trop faible pour apparaître au classement.

Dans les deux cas, la clé est le timing. C’est la spécialité de VAN DER POEL : ce n’est pas un sprinteur pur de classe mondiale (dans un sprint sur le plat totalement libre, il ne battrait pas forcément PHILIPSEN ou PEDERSEN), mais c’est l’un des coureurs au monde qui sait le mieux « quand il faut y aller ». Dans un peloton affaibli par Montmartre, sur une ligne droite pavée en légère montée, sa puissance explosive et sa durée d’effort deviennent la solution optimale.

Et le fait que PHILIPSEN prenne la 2e place fournit un autre indice : ALPECIN-PREMIER TECH a visiblement joué ses deux cartes dans la phase finale. Quand une équipe réalise le doublé à l’arrivée, c’est généralement parce qu’elle a contrôlé le rythme du dernier kilomètre, empêchant les trains de sprinteurs adverses de s’organiser.

La 3e place revient au maillot vert Mads PEDERSEN. Pour lui, c’est une fin parfaite — même sans la victoire, monter sur la troisième marche du podium des Champs-Élysées, vêtu de son maillot vert, accomplit l’un des objectifs de carrière qu’il avait publiquement déclarés.

IX. Top 30 complet

Place Coureur Équipe Temps
1 Mathieu VAN DER POEL ALPECIN-PREMIER TECH 1:58:49
2 Jasper PHILIPSEN ALPECIN-PREMIER TECH même temps
3 Mads PEDERSEN LIDL-TREK même temps
4 Max KANTER XDS ASTANA TEAM même temps
5 Olav KOOIJ DECATHLON CMA CGM TEAM même temps
6 Matej MOHORIČ BAHRAIN VICTORIOUS même temps
7 Rick PLUIMERS TUDOR PRO CYCLING TEAM même temps
8 Anthony TURGIS TOTALENERGIES même temps
9 Milan FRETIN COFIDIS même temps
10 Clément RUSSO GROUPAMA-FDJ UNITED même temps
11 Biniam GIRMAY NSN CYCLING TEAM même temps
12 Jasper STUYVEN SOUDAL QUICK-STEP même temps
13 Michael MATTHEWS TEAM JAYCO ALULA même temps
14 Filippo GANNA NETCOMPANY INEOS CYCLING TEAM même temps
15 Huub ARTZ LOTTO INTERMARCHE même temps
16 Marco HALLER TUDOR PRO CYCLING TEAM même temps
17 Tobias JOHANNESSEN UNO-X MOBILITY même temps
18 Javier ROMO OLIVER MOVISTAR TEAM même temps
19 Alexandre DELETTRE TOTALENERGIES même temps
20 Brent VAN MOER PINARELLO-Q36.5 PRO CYCLING TEAM même temps
21 Simone VELASCO XDS ASTANA TEAM même temps
22 Alex KIRSCH COFIDIS même temps
23 Alex ARANBURU DEVA COFIDIS même temps
24 Mike TEUNISSEN XDS ASTANA TEAM même temps
25 Fred WRIGHT PINARELLO-Q36.5 PRO CYCLING TEAM même temps
26 Vlad VAN MECHELEN BAHRAIN VICTORIOUS même temps
27 Nelson OLIVEIRA MOVISTAR TEAM même temps
28 Victor CAMPENAERTS TEAM VISMA | LEASE A BIKE même temps
29 Jonas ABRAHAMSEN UNO-X MOBILITY même temps
30 Tadej POGAČAR UAE TEAM EMIRATES XRG même temps

X. Attribution finale des quatre maillots distinctifs

Maillot jaune (vainqueur du classement général) : Tadej POGAČAR (UAE TEAM EMIRATES XRG), 73 h 56 min 26 s

Maillot vert (classement par points) : Mads PEDERSEN (LIDL-TREK)

Maillot à pois (meilleur grimpeur) : Richard CARAPAZ (EF EDUCATION - EASYPOST)

Maillot blanc (meilleur jeune) : Isaac DEL TORO ROMERO (UAE TEAM EMIRATES XRG)

Classement par équipes : LIDL-TREK

Prix de la combativité (Super-Combativité) : Richard CARAPAZ

Top 20 du classement général final

Place Coureur Équipe Écart
1 Tadej POGAČAR UAE Team Emirates XRG 73h56’26"
2 Remco EVENEPOEL Red Bull–Bora–Hansgrohe +6’26"
3 Isaac DEL TORO UAE Team Emirates XRG +9’42"
4 Paul SEIXAS Decathlon CMA CGM +11’56"
5 Lenny MARTINEZ Bahrain Victorious +13’02"
6 Mattias SKJELMOSE Lidl–Trek +14’59"
7 Juan AYUSO Lidl–Trek +17’48"
8 Richard CARAPAZ EF Education–EasyPost +20’00"
9 Tom PIDCOCK Pinarello–Q36.5 +29’28"
10 Jordan JEGAT TotalEnergies +33’21"
11 Yannis VOISARD Tudor Pro Cycling +38’02"
12 Tobias JOHANNESSEN Uno-X Mobility +56’37"
13 Sepp KUSS Visma–Lease a Bike +1h02’23"
14 Davide PIGANZOLI Visma–Lease a Bike +1h03’43"
15 Jai HINDLEY Red Bull–Bora–Hansgrohe +1h23’28"
16 Nicolas PRODHOMME Decathlon CMA CGM +1h25’01"
17 Tiesj BENOOT Decathlon CMA CGM +1h32’56"
18 Quinn SIMMONS Lidl–Trek +1h35’28"
19 Sean QUINN EF Education–EasyPost +1h47’05"
20 Egan BERNAL Netcompany INEOS +1h47’58"

Egan BERNAL, 20e, mérite une mention spéciale — vainqueur du Tour 2019, vainqueur du Giro 2021, il a failli perdre la vie et sa carrière dans un accident d’entraînement en 2022. Le fait qu’il puisse terminer le Tour 2026 et entrer dans le top 20 du classement général est en soi l’une des plus belles histoires de cette édition.

XI. Les Champs-Élysées : une avenue, cinquante ans de rituel

L’arrivée sur les Champs-Élysées n’est pas qu’une course, c’est le rituel le plus important du cyclisme. Il mérite une section pour en détailler la composition.

Tradition n°1 : le champagne du maillot jaune. Avant d’entrer dans Paris, l’équipe du leader du classement général lui tend une coupe de champagne, toute l’équipe trinque en roulant, les photographes et la retransmission télévisée suivent en continu. Cette image se répète chaque année, mais ne lasse jamais — car c’est le moment où un athlète, après trois semaines de souffrance extrême, est autorisé à se détendre pour la première fois. En 2026, en raison du raccourcissement de l’étape et du départ direct depuis les Champs-Élysées, ce moment a été considérablement compressé.

Tradition n°2 : photos et salutations entre équipes. Chaque équipe vient à tour de rôle saluer et prendre des photos à côté de l’équipe du maillot jaune. Les coureurs sur le point de prendre leur retraite sont spécialement mis en avant, les jeunes coureurs sont poussés vers l’avant. C’est une forme de courtoisie entre pairs.

Tradition n°3 : la boucle des Champs-Élysées. L’aller-retour entre la place de la Concorde et l’Arc de Triomphe, sur pavés, bordé par les boutiques les plus chères de Paris, avec l’arrivée du côté de la place de la Concorde. Le sprint ici est l’un des plus difficiles de l’année — les vibrations des pavés affectent le guidon et le pédalage, la largeur de la chaussée complexifie le vent et les positions, et la légère montée des 500 derniers mètres punit ceux qui lancent trop tôt.

Tradition n°4 : la cérémonie protocolaire et le tour d’honneur. Les quatre maillots distinctifs, le classement par équipes et le prix de la combativité sont remis dans l’ordre, puis tous les coureurs font un tour d’honneur.

Depuis 1975, le Tour a fixé son arrivée sur les Champs-Élysées, avec pour seule exception 2024, lorsque l’arrivée fut déplacée à Nice pour les besoins des Jeux Olympiques. À partir de 2025, l’organisateur a ajouté la côte de Montmartre à l’étape finale, brisant la formule de cinquante ans selon laquelle « les Champs-Élysées sont forcément remportés par un sprinteur ». 2026 a poursuivi ce concept, et après le raccourcissement à 88,7 kilomètres, le poids de Montmartre est devenu encore plus important — car il n’y avait plus de procession lente pour récupérer.

Ce changement ne fait pas l’unanimité dans le peloton. Les partisans estiment qu’il fait enfin de l’étape finale une véritable course, et non un spectacle au résultat garanti ; les opposants pensent que les sprinteurs, après trois semaines de souffrance en montagne, devraient conserver ce jour qui leur appartient. Le résultat 2026 — un coureur polyvalent réputé pour sa technique et son timing battant un groupe de sprinteurs — est le meilleur matériau pour ce débat.

XII. Van der Poel : l’homme impossible à classer

Mathieu VAN DER POEL mérite une section à lui seul.

Ce Néerlandais est issu d’une famille de cyclistes. Il a commencé par le cyclo-cross, puis a étendu son terrain de jeu à la route, au gravel et au VTT. Son père, Adrie VAN DER POEL, était une star néerlandaise des années 1980, et son grand-père maternel est la légende française Raymond POULIDOR — le héros national célèbre pour ses « deuxièmes places éternelles », huit fois sur le podium du Tour sans jamais porter le maillot jaune. Ce lien de sang donne à chaque victoire de VAN DER POEL en France une couche narrative supplémentaire dans la presse locale.

Sa liste de réalisations est rarissime :

  • 8 victoires de Monuments : Milan-San Remo (2023, 2025), Tour des Flandres (2020, 2022, 2024), Paris-Roubaix (2023, 2024, 2025).
  • 8 titres de champion du monde de cyclo-cross (2015, 2019, 2020, 2021, 2023, 2024, 2025, 2026).
  • 1 titre de champion du monde sur route (2023).
  • 1 titre de champion du monde de gravel (2024).

Cela fait de lui le seul coureur de l’histoire à avoir été champion du monde masculin dans trois disciplines différentes (cyclo-cross, route, gravel).

Sur le Tour de France, son palmarès est de 4 victoires d’étape (éditions 2021, 2025, 2026), ainsi que 6 jours en jaune en 2021. En 2026, il a remporté la 9e et la 21e étape, cette dernière étant la plus symbolique de toutes les victoires d’étape.

Ce qui rend VAN DER POEL spécial, c’est qu’il va à l’encontre de la tendance à l’« hyperspécialisation » de son époque. Le courant dominant du cyclisme contemporain est une spécialisation extrême — les sprinteurs s’entraînent pour le sprint, les grimpeurs pour la montagne, les rouleurs pour le contre-la-montre. Lui est un homme qui a grandi dans la boue, capable d’écraser les pavés, de sprinter pour un titre mondial, et de voler une victoire sur les petites côtes de Paris.

Dans un Tour entièrement dominé par POGAČAR, le fait que VAN DER POEL conclue le dernier jour est, d’une certaine manière, un petit équilibre offert au public par ce sport.

XIII. L’arithmétique du maillot vert et le paysage du sprint de cette édition

Le système du maillot vert (classement par points) mérite une explication pour les spectateurs moins familiers.

Les points du classement par points du Tour sont attribués selon le type d’étape : les arrivées des étapes plates rapportent le plus (50 points pour le 1er, décroissant jusqu’au 15e), les étapes vallonnées moins (30 points pour le 1er), et les étapes de montagne et contre-la-montre le moins (20 points pour le 1er). De plus, chaque étape comporte un « sprint intermédiaire » en cours de route, où les 15 premiers marquent des points (20 points pour le 1er).

L’objectif de conception de ce système est clair : il ne récompense pas le plus rapide, mais le plus régulier et le plus combatif. Un pur sprinteur qui ne s’exprime que sur les étapes plates, s’il décroche sur les étapes vallonnées et lutte pour ne pas être hors-délais en montagne, aura du mal à obtenir le maillot vert. À l’inverse, un coureur rapide polyvalent, capable de sprinter sur le plat, de suivre sur les étapes vallonnées et de grappiller des points aux sprints intermédiaires, est le candidat idéal.

Mads PEDERSEN est exactement ce type de coureur.

Danois, né en 1995, il court pour LIDL-TREK. En 2019, sous la pluie battante de Harrogate, en Angleterre, il est devenu champion du monde sur route — une première pour un coureur masculin danois. Son profil se situe entre le spécialiste des classiques et le sprinteur : capable de survivre sur les pavés, de grimper une courte côte, de gagner un sprint de groupe réduit. Il a remporté trois fois Gand-Wevelgem (2020, 2024, 2025) et la Classic de Hambourg en 2023.

Sur les trois Grands Tours, il a déjà remporté le classement par points des trois Grands Tours — il est le sixième coureur de l’histoire à réaliser cet exploit. Le maillot vert du Tour 2026 était l’un des objectifs de carrière qu’il avait publiquement déclarés.

Le paysage du sprint de cette édition : Tim MERLIER a remporté trois étapes (7, 8, 12), c’est le plus fort en termes de pure capacité de sprint, mais il a abandonné lors de la 15e étape. Jasper PHILIPSEN a remporté la 17e étape et pris la 2e place de l’étape finale. Olav KOOIJ a remporté sa première victoire d’étape sur le Tour lors de la 5e étape. Søren WÆRENSKJOLD a gagné la 11e étape. Et PEDERSEN n’a gagné qu’une seule étape (la victoire d’échappée de la 4e étape), mais c’est grâce à sa régularité sur toute l’édition et à son accumulation de points aux sprints intermédiaires qu’il a décroché le maillot vert — une parfaite illustration de l’intention du système du maillot vert.

XIV. Analyse tactique des équipes sur la 21e étape

ALPECIN-PREMIER TECH — une finale parfaite

Un doublé. Quand une équipe prend les deux premières places sur les Champs-Élysées, cela signifie qu’elle disposait de deux cartes en phase finale et que les adversaires ne pouvaient pas les neutraliser simultanément. Le duo VAN DER POEL / PHILIPSEN est l’un des meilleurs « double atout » de l’époque — l’un capable de survivre sur les sections techniques et les côtes, l’autre un sprinteur pur à très haute vitesse. Sur un parcours avec Montmartre, cette combinaison offre la plus grande marge d’erreur : si le peloton arrive groupé, PHILIPSEN sprinte ; si le peloton est disloqué, VAN DER POEL prend le relais. Le résultat 2026 correspond à la seconde option.

LIDL-TREK — maillot vert et classement par équipes

PEDERSEN termine 3e, monte sur le podium avec son maillot vert. L’équipe remporte également le classement par équipes, avec en prime les 6e (SKJELMOSE) et 7e (AYUSO) places du classement général. En termes d’ampleur des gains sur l’ensemble de l’édition, LIDL-TREK est peut-être l’équipe la plus réussie après UAE.

UAE TEAM EMIRATES XRG — aucune prise de risque

POGAČAR termine 30e, franchissant la ligne en même temps que le groupe de tête. C’est un détail très intéressant : il aurait très bien pu se laisser glisser en sécurité dans le milieu du peloton, mais il a choisi de rester devant. C’est à la fois pour éviter le risque de chute (l’avant du peloton est plus sûr que l’arrière) et conforme à sa personnalité.

DECATHLON CMA CGM TEAM — une édition française

KOOIJ termine 5e. Sur l’ensemble de l’édition, cette équipe française a pris les 4e (SEIXAS), 16e (PRODHOMME) et 17e (BENOOT) places du classement général, plus une victoire d’étape. La 4e place au général de SEIXAS est l’un des meilleurs résultats d’un coureur français sur le Tour ces dernières années.

Autres mentions : TUDOR PRO CYCLING TEAM a placé deux coureurs dans le top 20 de l’étape finale (PLUIMERS 7e, HALLER 16e) ; COFIDIS a placé trois coureurs dans le top 25. Pour les équipes de taille moyenne, ce sont des expositions à valeur de sponsoring réelle.

XV. La portée historique du cinquième sacre de Pogacar

Tadej POGAČAR a remporté en 2026 son cinquième Tour de France (2020, 2021, 2024, 2025, 2026).

Ce chiffre lui permet d’égaler les quatre plus grands noms de l’histoire du cyclisme : Jacques ANQUETIL, Eddy MERCKX, Bernard HINAULT et Miguel INDURÁIN. Désormais, dans l’histoire centenaire du Tour, seuls cinq hommes sont montés cinq fois sur la plus haute marche du podium parisien.

Ses autres statistiques sont tout aussi impressionnantes :

  • Il n’avait que 21 ans lors de son premier sacre en 2020, ce qui fait de lui le plus jeune vainqueur du Tour depuis Henri CORNET en 1904.
  • En 2020 et 2021, il a remporté simultanément les classements général, du meilleur grimpeur et du meilleur jeune — avant lui, seul Eddy MERCKX en 1972 avait réalisé cet exploit.
  • Vainqueur du Giro 2024, avec près de 10 minutes d’avance, le plus grand écart depuis 1965 ; la même année, il a réalisé le doublé Giro-Tour et remporté le championnat du monde sur route.
  • Champion du monde sur route deux années consécutives, en 2024 et 2025. Celui de 2024, à Zurich, il l’a gagné en s’échappant seul à plus de 100 kilomètres de l’arrivée.
  • La domination sur les classiques : trois Tours des Flandres (2023, 2025, 2026), quatre Liège-Bastogne-Liège (2021, 2024, 2025, 2026), cinq Tours de Lombardie consécutifs (2021 à 2025), et enfin Milan-San Remo, ajouté à son palmarès en 2026.
  • 262 semaines au total à la première place du classement mondial UCI, un record historique.
  • En 2024, il a porté le maillot de leader pendant 39 étapes consécutives sur le Giro et le Tour, dépassant les 37 étapes de MERCKX en 1970.

Et pour l’édition 2026, il a en outre laissé deux records de montagne : le Tourmalet lors de la 6e étape et l’Alpe d’Huez lors de la 19e étape (35 min 26 s), ce dernier battant le temps de Marco PANTANI qui tenait depuis trente et un ans.

Concernant sa place dans l’histoire, la formulation la plus juste est peut-être : à son âge, personne n’a jamais fait autant. De 2020 à 2026, il a remporté cinq Tours de France, entrecoupés d’un Giro, de deux titres mondiaux et de treize victoires de Monuments — des cinq Monuments, il ne lui manque que Paris-Roubaix. Son style de course est également totalement différent des quatre quintuples vainqueurs précédents : ANQUETIL calculait avec les contre-la-montre, INDURÁIN écrasait avec les contre-la-montre, MERCKX écrasait par sa polyvalence, HINAULT par sa volonté et sa domination, tandis que POGAČAR est le seul à avoir introduit la « mentalité de course d’un jour » dans les Grands Tours — quel que soit son avance, dès qu’il voit une opportunité, il attaque.

L’Alpe d’Huez de la 19e étape est la preuve la plus claire de ce tempérament.

XVI. Rétrospective générale (1) : départ de Barcelone, le Tourmalet donne le ton

113e Tour de France, du 4 au 26 juillet 2026, 3 245 kilomètres au total, 21 étapes.

Le Grand Départ de cette édition était fixé à Barcelone, en Espagne, et le jour d’ouverture était un contre-la-montre par équipes de 19,6 kilomètres — la première fois que le Tour s’ouvrait par un contre-la-montre par équipes depuis 1971, soit plus d’un demi-siècle. TEAM VISMA | LEASE A BIKE l’a emporté, et Jonas VINGEGAARD a endossé le premier maillot jaune.

2e étape (Tarragone → Barcelone, 168,5 km), disputée sur la boucle de Montjuïc, remportée par Isaac DEL TORO — le deuxième coureur mexicain de l’histoire à gagner une étape du Tour de France.

3e étape (Granollers → Les Angles, 195,9 km), entrée dans les Pyrénées. POGAČAR attaque, gagne l’étape et prend le maillot jaune. En raison des incendies de forêt environnants, l’accès du public a été restreint sur cette étape.

4e étape (Carcassonne → Foix, 181,9 km), disputée sous une chaleur proche de 40 degrés. L’échappée réussit, Mads PEDERSEN remporte l’étape ; le Norvégien Torstein TRÆEN, membre de la grande échappée, endosse le maillot jaune.

5e étape (La Mongie → Pau, 158,3 km), remportée par Olav KOOIJ, sa première victoire d’étape sur le Tour.

6e étape (Pau → Gavarnie-Gèdre, 186,2 km), le moment charnière de toute l’édition. Le parcours franchit le Col du Tourmalet, où POGAČAR s’échappe seul en battant le record historique de l’ascension (environ deux minutes plus vite, selon les rapports), passe la ligne avec 2 min 38 s d’avance, reprend le maillot jaune et établit une avance de 2 min 42 s. Sur la même étape, le porteur du maillot jaune TRÆEN chute dans la descente, souffrant d’une commotion cérébrale et de plusieurs fractures de côtes ; il abandonne le lendemain.

À partir de la fin de la 6e étape, le suspense du Tour 2026 est passé de « qui va gagner ? » à « de combien va-t-il gagner ? ».

XVII. Rétrospective générale (2) : canicule, plat et usure de la phase intermédiaire

Les étapes 7 à 13 constituent la « phase intermédiaire » de ce Tour — beaucoup de plat, un peu de vallons, et une chaleur extrême persistante.

7e et 8e étapes (Bordeaux, Bergerac) : deux victoires consécutives de Tim MERLIER (SOUDAL QUICK-STEP). La 7e étape comporte un détail intéressant : le train de sprinteurs d’ALPECIN-PREMIER TECH s’arrête plus tôt que prévu, laissant l’opportunité à MERLIER.

9e étape (Mallemort → Ussel) : raccourcie de 30 kilomètres en raison d’une alerte rouge canicule, avec une température d’environ 38 degrés ce jour-là. Mathieu VAN DER POEL attaque dans la côte de Mont Bressou, s’extirpe d’un groupe de quatre et s’impose. C’est sa première victoire d’étape de l’édition.

10e étape (Aurillac → Le Lioran, 165,6 km, le 14 juillet, jour de la fête nationale française) : remportée par POGAČAR, sa troisième victoire d’étape de l’édition.

11e étape (Vichy → Nevers) : remportée par le Norvégien Søren WÆRENSKJOLD.

12e étape (Circuit de Nevers Magny-Cours → Chalon-sur-Saône) : remportée par MERLIER, sa troisième victoire d’étape de l’édition. Une chute massive a eu lieu derrière la ligne de sprint.

13e étape (Dole → Belfort, 205,8 km, la plus longue de l’édition) : remportée par le Suisse Mauro SCHMID (TEAM JAYCO ALULA) issu d’une échappée, sur un parcours comprenant le Ballon d’Alsace (1re catégorie). Tom PIDCOCK en profite pour monter à la 4e place du classement général.

La canicule est la variable environnementale la plus importante de cette édition. L’organisateur a assoupli les règles de ravitaillement sur plusieurs étapes (autorisation de distribution d’eau en dehors des zones réglementaires), et l’équipe médicale de la course a relevé son niveau d’alerte. L’impact de la chaleur extrême sur la course ne se limite pas à l’« inconfort » — elle modifie la tactique (personne ne veut mener sous une telle chaleur), augmente les risques de déshydratation et de coup de chaleur, et accroît significativement la probabilité de chutes (baisse de la vigilance).

XVIII. Rétrospective générale (3) : la 15e étape, le jour où tout a changé

14e étape (Mulhouse → Le Markstein, 155,3 km) : remportée par POGAČAR après une attaque dans le Col du Haag. Son avance passe à environ 4 min 30 s.

15e étape (Champagnole → Plateau de Solaison, 183,9 km) : le véritable tournant de ce Tour.

L’arrivée de cette étape se situe sur le Plateau de Solaison — la première visite de cette montagne dans l’histoire du Tour. Et à environ 24 kilomètres de l’arrivée, Jonas VINGEGAARD chute, se fracture la clavicule, nécessite une opération, et quitte la course sur place en ambulance, abandonnant.

Le double vainqueur du Tour (2022, 2023), le plus grand challenger annoncé avant l’édition, le porteur du maillot jaune du jour d’ouverture, quitte ainsi la course à un moment où personne ne l’attendait. Le même jour, MERLIER, déjà vainqueur de trois étapes de cette édition, abandonne également.

La victoire d’étape revient à Remco EVENEPOEL, sa première de l’édition. L’avance de POGAČAR passe à 5 minutes.

L’abandon de VINGEGAARD a une double signification pour ce Tour : d’une part, il efface le dernier suspense du classement général ; d’autre part, il change tout le centre de gravité narratif de l’épreuve — passant d’un « duel au sommet » à « un leader solitaire + tous les autres en lutte pour tout le reste ».

16e étape (Évian-les-Bains → Thonon-les-Bains, contre-la-montre individuel de 26,1 km) : remportée par EVENEPOEL, sa deuxième victoire d’étape de l’édition. Il reprend 28 secondes à POGAČAR, ramenant l’écart à 4 min 32 s. Triple champion du monde du contre-la-montre de 2023 à 2025, c’est son terrain de prédilection, et l’écart de 28 secondes montre aussi que les capacités de POGAČAR dans l’exercice sont désormais proches de celles des meilleurs spécialistes.

17e étape (Chambéry → Valence, 174,7 km) : remportée par Jasper PHILIPSEN, la dernière vraie opportunité de sprint de l’édition.

18e étape (Valence → Orcières-Merlette, 185,2 km) : remportée par Richard CARAPAZ à l’arrivée au sommet, qui décroche également le prix de la combativité de l’étape.

XIX. Rétrospective générale (4) : la conclusion du triptyque alpin

19e étape (Gap → Alpe d’Huez, 127,9 km) : POGAČAR remporte l’étape et bat le record de l’Alpe d’Huez détenu par PANTANI depuis trente et un ans, en 35 min 26 s. Son avance au classement général passe à 7 min 11 s.

20e étape (Le Bourg-d’Oisans → Alpe d’Huez, 170,9 km, environ 5 425 mètres de dénivelé positif) : l’étape reine. CARAPAZ remporte l’étape et verrouille définitivement le maillot à pois. EVENEPOEL, 2e, reprend 45 secondes à POGAČAR (bonifications comprises), ramenant l’écart au général à 6 min 26 s.

21e étape (Paris, 88,7 km) : VAN DER POEL s’impose, POGAČAR décroche son cinquième sacre.

Liste complète des vainqueurs d’étape de l’édition :

Étape Parcours Vainqueur
1 Barcelone (contre-la-montre par équipes) Visma–Lease a Bike
2 Tarragone → Barcelone Isaac DEL TORO
3 Granollers → Les Angles Tadej POGAČAR
4 Carcassonne → Foix Mads PEDERSEN
5 La Mongie → Pau Olav KOOIJ
6 Pau → Gavarnie-Gèdre Tadej POGAČAR
7 Agetham → Bordeaux Tim MERLIER
8 Périgueux → Bergerac Tim MERLIER
9 Mallemort → Ussel Mathieu VAN DER POEL
10 Aurillac → Le Lioran Tadej POGAČAR
11 Vichy → Nevers Søren WÆRENSKJOLD
12 Nevers → Chalon-sur-Saône Tim MERLIER
13 Dole → Belfort Mauro SCHMID
14 Mulhouse → Le Markstein Tadej POGAČAR
15 Champagnole → Plateau de Solaison Remco EVENEPOEL
16 Évian → Thonon (contre-la-montre individuel) Remco EVENEPOEL
17 Chambéry → Valence Jasper PHILIPSEN
18 Valence → Orcières-Merlette Richard CARAPAZ
19 Gap → Alpe d’Huez Tadej POGAČAR
20 Le Bourg-d’Oisans → Alpe d’Huez Richard CARAPAZ
21 Paris Champs-Élysées Mathieu VAN DER POEL

XX. Récapitulatif des luttes pour les maillots

Maillot jaune : VINGEGAARD (étapes 1 à 2) → POGAČAR (étape 3) → TRÆEN (étapes 4 à 5) → POGAČAR (de l’étape 6 à la fin). POGAČAR a porté le maillot jaune 17 jours au total sur cette édition.

Maillot vert : DEL TORO le porte brièvement lors de la 2e étape, PEDERSEN le reprend à partir de la 4e étape et le garde jusqu’à Paris. PEDERSEN est le champion du monde 2019, sacré sous la pluie de Harrogate (Royaume-Uni). Il a déjà remporté le classement par points des trois Grands Tours — il est le sixième coureur de l’histoire à réaliser cet exploit. Après avoir décroché le maillot vert, il a déclaré que c’était l’un de ses objectifs de carrière, désormais accompli.

Maillot à pois : CARAPAZ le porte de la 6e étape jusqu’à l’arrivée. C’est son deuxième maillot à pois sur le Tour (le précédent datait de 2024). Il a également remporté deux victoires d’étape et le prix de la combativité, ce qui constitue la performance individuelle la plus éclatante de cette édition après le maillot jaune.

Maillot blanc : DEL TORO le porte d’abord lors des étapes 1 et 2, le perd plusieurs fois en cours de route, puis le reprend à partir de la 15e étape et le garde jusqu’à Paris. Ce Mexicain né en 2003, pour son premier Tour de France, prend la 3e place du classement général et le maillot blanc. En 2025, il avait pris la 2e place du Giro et porté le maillot rose pendant 11 jours, tout en engrangeant 18 victoires cette année-là.

Classement par équipes : LIDL-TREK. Cette équipe compte dans ses rangs PEDERSEN (maillot vert), SKJELMOSE (6e) et AYUSO (7e) au général ; sa profondeur d’effectif était la meilleure du peloton.

Prix de la combativité : CARAPAZ.

XXI. Évaluation du parcours 2026 : une expérience en « crescendo »

Lors de la présentation du parcours 2026, l’organisateur a utilisé le mot « crescendo » pour décrire la structure générale. Avec le recul, cette description est assez juste et mérite d’être évaluée.

Quelques caractéristiques de conception :

  • Départ de Barcelone + ouverture par un contre-la-montre par équipes. C’est la première fois depuis 1971 que le Tour s’ouvre par un contre-la-montre par équipes, créant ainsi des écarts dès le premier jour et donnant du sens au maillot jaune dès le départ.
  • Cinq arrivées au sommet, dont le retour de l’Alpe d’Huez et la première visite du Plateau de Solaison.
  • Aucune section pavée ni gravel. C’est une décision assez rare pour le Tour ces dernières années — lors des éditions précédentes, l’organisateur aimait utiliser pavés et graviers pour créer du chaos. En 2026, il y a complètement renoncé, misant toute la difficulté sur la montagne.
  • Une fin de parcours extrêmement chargée. Des étapes 15 à 21, en sept jours, il y a une arrivée au sommet, un contre-la-montre individuel, trois étapes de montagne, dont deux arrivées consécutives à l’Alpe d’Huez.

Ce concept a-t-il réussi ? Partiellement.

La structure en « crescendo » a effectivement réservé le meilleur pour la fin — les étapes 18 à 21 ont toutes été spectaculaires quatre jours durant, et le double Alpe d’Huez des étapes 19 et 20 a été le plus grand sujet de discussion de l’édition. Mais d’un autre côté, le Tourmalet de la 6e étape avait déjà scellé le classement général, et les quinze jours suivants se sont déroulés dans le cadre du « de combien ? ». Aucune conception de parcours, aussi ingénieuse soit-elle, ne peut contrer la supériorité absolue d’un coureur.

L’abandon des pavés et du gravier est également un choix discutable. Ces éléments ont certes créé beaucoup de dramaturgie par le passé, mais ils ont aussi entraîné un taux de chute élevé et des critiques sur le fait que « le hasard décide du classement général ». Le choix de 2026 est un retour à la tradition : laisser la montagne décider de tout. Au vu du résultat, cette décision a rendu la course plus « propre », mais a aussi supprimé plusieurs variables de retournement.

XXII. Les trois mots-clés de ce Tour

Mot-clé n°1 : la chaleur. Près de 40 degrés sur la 4e étape, 30 kilomètres raccourcis sur la 9e étape en raison de l’alerte rouge canicule, des incendies limitant l’accès du public sur la 3e étape, et 43,8 kilomètres raccourcis sur la 21e étape en raison des effectifs de police mobilisés pour les incendies. Le climat est en train de modifier concrètement le fonctionnement du Tour — modifications de parcours, assouplissement des règles de ravitaillement, avancement des horaires de départ, ces mesures autrefois considérées comme exceptionnelles deviennent la norme.

Mot-clé n°2 : la casse. Cette édition a vu deux acteurs majeurs abandonner sur chute : TRÆEN, qui avait pris le maillot jaune à la 4e étape (chute dans la descente de la 6e étape, commotion cérébrale + plusieurs fractures de côtes) et VINGEGAARD à la 15e étape (fracture de la clavicule nécessitant une opération). Perdre le porteur du maillot jaune et le plus grand challenger sur un même Tour est cruel.

Mot-clé n°3 : l’unicité. La narration finale de cette édition ne tient qu’en un seul homme. POGAČAR a remporté 5 victoires d’étape, porté le maillot jaune 17 jours, battu deux records de montagne et décroché un cinquième sacre. Quand un sport est dominé à ce point par un seul homme, les réactions se divisent généralement en deux camps — ceux qui trouvent cela ennuyeux, et ceux qui pensent assister à l’histoire. Les deux sentiments sont légitimes.

XXIII. Le point de vue des cyclistes taïwanais : que retenir de ce Tour ?

Premièrement, Montmartre nous enseigne la valeur des « côtes courtes et raides ».

La Côte de la Butte Montmartre ne fait qu’1 km à 6,5 %. Selon les standards taïwanais, ce genre de côte existe partout — le Datunshan, le Wuzhishan, les routes industrielles de Wanli, le Baiguoshan de Changhua, le Dapingding de Kaohsiung, n’importe laquelle peut correspondre. Mais le Tour l’a intégrée à son étape finale, et cela a complètement changé la nature de la course.

Cela a un enseignement direct pour la compétition et l’entraînement à Taïwan : si vous voulez créer une sélection dans un critérium ou une sortie en groupe à Taïwan, trouver une côte d’1 km à 6-8 % et la monter en répétition est bien plus efficace que de chercher une longue montée de 20 kilomètres. Les côtes courtes et raides sollicitent la capacité anaérobie et la vitesse de récupération, ce qui est précisément le maillon le plus faible de la plupart des cyclistes amateurs. Vous voulez vous entraîner ? Faites 3 à 5 séries de « 1 km en montée à fond + 5 minutes de récupération », et vous comprendrez vite pourquoi les purs sprinteurs sont éliminés à Montmartre.

Deuxièmement, l’Alpe d’Huez nous enseigne l’importance de la discipline d’allure.

Le record de la 19e étape est de 35 min 26 s, soit un VAM d’environ 1 896 m/h. En comparaison, le VAM d’un très bon amateur sur une longue montée se situe entre 900 et 1 100 m/h. Cet écart de chiffres n’est pas là pour vous complexer, mais pour fournir un outil d’auto-évaluation objectif : la prochaine fois que vous monterez le Wuling, calculez votre VAM avec « mètres de dénivelé ÷ temps (en heures) », et vous aurez une idée plus claire de votre niveau et de vos progrès qu’en regardant votre vitesse moyenne.

Troisièmement, l’étape reine nous révèle la vérité de la haute altitude.

Le point culminant du Tour, le Galibier, est à 2 642 mètres, tandis que le Wuling est à 3 275 mètres. Les cyclistes taïwanais, sur leur parcours emblématique, sont confrontés à un niveau d’hypoxie plus élevé que les coureurs du Tour. L’effondrement de nombreux cyclistes dans les derniers kilomètres du Wuling est souvent interprété à tort comme un « manque de condition physique », alors qu’il s’agit en réalité de la baisse d’absorption d’oxygène due à l’altitude. La bonne approche est la suivante : au-dessus de 2 500 mètres, réduisez volontairement votre puissance cible de 10 à 15 %, augmentez la cadence et diminuez la charge musculaire par coup de pédale.

Quatrièmement, la 21e étape nous montre la technicité du « pilotage en groupe ».

88,7 kilomètres, 44,8 km/h de moyenne, trois montées, d’innombrables virages — ce type d’étape teste le sens de la position, l’efficacité de l’abri, la technique dans les virages et le jugement, bien plus que la pure condition physique. Il en va de même pour les sorties en groupe et les critériums à Taïwan. L’énergie économisée dans le peloton vaut toujours plus que l’énergie que vous pourriez gagner en vous entraînant davantage. Apprendre à se placer, à remonter au bon moment, à ne pas freiner avant un virage : le retour sur investissement de ces techniques est bien supérieur à celui d’un gain de 20 W de FTP.

Cinquièmement, la leçon la plus pragmatique de ce Tour : terminer est déjà un exploit.

Le Tour 2026 comptait 21 étapes, 3 245 kilomètres, d’innombrables franchissements de cols au-dessus de 2 000 mètres, deux modifications de parcours dues à la chaleur ou aux incendies, et deux abandons majeurs sur blessure. Chacun de ceux qui ont terminé à Paris a traversé vingt et un jours d’épuisement extrême.

Pour les cyclistes taïwanais, le tour de l’île, le double péninsulaire ou le Wuling sont essentiellement des versions réduites de la même chose : ce qu’ils testent, ce n’est pas votre puissance maximale sur une journée, mais votre capacité à prendre continuellement les bonnes décisions sous la fatigue accumulée.

XXIV. Conclusion : le coucher de soleil sur les Champs-Élysées

Au soir du 26 juillet 2026, sur l’avenue des Champs-Élysées.

Mathieu VAN DER POEL lève les bras — c’est sa 4e victoire d’étape sur le Tour, et un exploit de plus dans sa carrière si difficile à classer. Ce Néerlandais a déjà remporté 8 Monuments, 8 titres de champion du monde de cyclo-cross, 1 titre de champion du monde sur route et 1 titre de champion du monde de gravel, étant le seul coureur masculin de l’histoire à avoir été champion du monde dans trois disciplines différentes. Et maintenant, il a aussi gagné sur les Champs-Élysées.

Quelques minutes plus tard, Tadej POGAČAR monte sur la plus haute marche du podium et endosse son cinquième maillot jaune. Vingt-sept ans, cinq Tours de France, égalant ANQUETIL, MERCKX, HINAULT et INDURÁIN.

À ses côtés, Remco EVENEPOEL monte sur la deuxième marche — ce Belge, qui a changé d’équipe en 2026, prouve avec deux victoires d’étape et une deuxième place au général qu’il reste l’un des coureurs les plus complets de sa génération. Sur la troisième marche, Isaac DEL TORO, vingt-trois ans, Mexicain, également vêtu du maillot blanc.

Mads PEDERSEN porte le maillot vert. Richard CARAPAZ porte le maillot à pois, avec en main le trophée du prix de la combativité.

Et derrière eux, il y a vingt et un jours, 3 245 kilomètres, de Barcelone à Paris, à travers les Pyrénées et les Alpes, sous 40 degrés et sous la menace des incendies.

L’année prochaine, ce sera reparti. C’est ça, le Tour de France.

Un dernier mot pour les cyclistes taïwanais : Ce Tour a laissé beaucoup d’images — l’échappée solitaire du Tourmalet, l’ambulance du Plateau de Solaison, le chronomètre de l’Alpe d’Huez, les routes étroites de Sallanches, les pavés de Montmartre. Mais s’il ne faut retenir qu’une chose, c’est peut-être celle-ci : dans une course où tout suspense avait disparu, il y avait encore des gens qui choisissaient de pédaler à fond, des gens qui choisissaient de tenter leur chance le dernier jour, des gens qui choisissaient de se consumer pour leurs coéquipiers. La valeur du sport de compétition n’a jamais résidé uniquement dans la case du vainqueur. La prochaine fois que vous monterez le Wuling, ou que vous serez lâché lors d’une sortie en groupe le week-end, pensez à cela.

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