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Guerre d'allure sur 15 km contre-la-montre : comment une allure négative réécrit-elle les limites de la puissance de sortie grâce à la pente du lactate sanguin et au RPE ?

Entraînement cycliste
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1. Introduction et contexte de la recherche de pointe

Dans le monde du cyclisme de compétition, le contre-la-montre individuel de quinze kilomètres (CLM) a toujours été considéré comme « l’épreuve de vérité ». Sans l’abri du peloton, sans la chance tactique, le coureur doit affronter seul la résistance de l’air, la gravité et les rudes épreuves de son esprit. Cette distance, située entre le sprint plein gaz de courte durée et la course sur route de longue haleine, se trouve précisément dans la zone floue où s’entremêlent le « seuil anaérobie » et le « VO2max » en physiologie de l’exercice. Pour les élites amateurs ou les coureurs des ligues de clubs nationales, le temps de parcours d’un CLM de 15 km se situe généralement entre 20 et 30 minutes, ce qui signifie que le coureur doit fournir un effort intense à une intensité proche, voire légèrement supérieure, à sa puissance au seuil fonctionnel (FTP).

Ces dernières années, la recherche en science du sport sur les « stratégies d’allure (Pacing Strategy) » a atteint un niveau sans précédent. Au cours de la dernière décennie, de nombreuses études publiées dans l’European Journal of Applied Physiology et l’IJSNEM ont indiqué que, lors de contre-la-montre de durée moyenne, par rapport à une « allure positive » (rapide au début, lente ensuite), une « allure négative » (lente au début, rapide ensuite) ou une « allure en J inversé » peut efficacement retarder l’apparition de la fatigue périphérique et démontrer une capacité de sprint plus forte dans la seconde partie de l’épreuve. Cependant, l’« allure constante (Even Pacing) » traditionnelle est considérée comme la solution théoriquement optimale, car elle correspond au modèle hyperbolique de la « courbe puissance-durée ».

Mais les perspectives scientifiques les plus récentes s’orientent vers la « fatigue perceptive » et les « mécanismes de protection au niveau neuromusculaire ». Le « modèle de régulation centrale (Central Governor Model) » proposé par les scientifiques du sport britanniques Amann et Dempsey indique que le cerveau n’accepte pas passivement les signaux de fatigue, mais qu’il réduit activement le recrutement des motoneurones en fonction de la température ambiante, des réserves de glucides dans le corps, de la température centrale et de l’allure du moment, afin de protéger le corps d’un effondrement physiologique catastrophique. Cela signifie que le RPE (Rating of Perceived Exertion) n’est pas seulement une sensation psychologique, mais aussi une « instruction de limitation de la production » émise par le cerveau après une évaluation des risques.

Cet article, à travers des données mesurées, analysera en profondeur comment, lors d’un CLM de 15 km, deux stratégies d’allure radicalement différentes — « une allure positive avec un dépassement de 10 % dans la première partie » et « une allure négative avec 95 % au début, 100 % au milieu et 108 % à la fin » — influencent la pente d’accumulation du lactate sanguin, la puissance moyenne produite et la dynamique du RPE. Nous construirons, à partir des voies métaboliques biochimiques, des modèles biomécaniques et des mécanismes de recrutement neuromusculaire, un plan de bataille d’allure scientifique complet et exécutable.

2. Mécanismes fondamentaux de la physiologie de l’exercice et de la biomécanique

2.1 Le double tranchant du métabolisme du lactate sanguin et la signification de sa pente

Pour comprendre l’impact de l’allure sur la performance, il faut d’abord clarifier le rôle du lactate sanguin dans l’effort. Longtemps considéré comme une « toxine de la fatigue », le lactate a vu cette conception totalement renversée par la physiologie de l’exercice contemporaine. Le lactate est en réalité un vecteur énergétique important, produit lors de la glycolyse lorsque le pyruvate ne peut pas être immédiatement métabolisé par les mitochondries en aérobie, par l’intermédiaire de la lactate déshydrogénase (LDH). Il peut servir de carburant prioritaire pour le cœur dans la circulation coronaire et être fourni aux fibres musculaires lentes périphériques via le « mécanisme de navette ».

Lors d’un contre-la-montre, l’indicateur clé que nous surveillons est la « pente d’accumulation du lactate sanguin (Blood Lactate Accumulation Slope, BLAS) ». Il ne s’agit pas simplement d’une concentration ponctuelle, mais du taux d’augmentation de la concentration de lactate sanguin en fonction du temps ou de la puissance pendant l’effort. Lorsque l’intensité de l’exercice est inférieure à l’état d’équilibre maximal du lactate (Maximal Lactate Steady State, MLSS), le taux de production du lactate et le taux d’élimination atteignent un équilibre, et la pente tend vers zéro. Cependant, une fois que la puissance produite franchit le seuil du MLSS, le taux de production du lactate augmente de manière exponentielle, tandis que les mécanismes d’élimination (dépendant principalement des fibres musculaires lentes et du cycle de Cori dans le foie) ne peuvent pas répondre immédiatement, ce qui entraîne une augmentation brutale de la pente.

La catastrophe physiologique de l’allure positive : Dans le scénario où les 5 premiers kilomètres dépassent la puissance cible de 10 %, le coureur plonge instantanément les besoins métaboliques dans la « zone profonde ». À ce moment, la phosphocréatine (PCr) musculaire s’épuise rapidement, la glycolyse est violemment activée et les ions hydrogène (H⁺) s’accumulent massivement avec le lactate. Bien que le lactate lui-même puisse servir de carburant, l’accumulation d’ions hydrogène qui l’accompagne entraîne une baisse du pH musculaire, inhibant l’activité de la phosphofructokinase (PFK), interrompant ainsi l’apport énergétique de la glycolyse. Plus critique encore, cette pression métabolique soudaine stimule les afférences de type III et IV, envoyant une multitude de « signaux de menace » au cerveau.

L’avantage physiologique de l’allure négative : À l’inverse, la stratégie d’allure négative, en débutant les 3 premiers kilomètres à 95 % de la puissance cible, permet au système aérobie de « s’éveiller » progressivement. Le taux de phosphorylation oxydative mitochondriale met environ 2 à 4 minutes pour atteindre un état stable. En partant avec une production initiale plus faible, le corps peut établir une proportion plus élevée de contribution métabolique aérobie, réduire la dépendance aux réserves limitées de glycogène et maintenir la pente d’accumulation du lactate sanguin sur une pente douce et contrôlable. Cela équivaut à laisser le corps chauffer en « mode croisière », puis à libérer progressivement la puissance supplémentaire une fois le système oxydatif pleinement opérationnel.

2.2 Modèle biomécanique et dérivation de la production de puissance

Lors d’un contre-la-montre individuel de 15 km sur terrain plat ou légèrement vallonné, la résistance principale à vaincre est la traînée aérodynamique. Selon la mécanique des fluides, la résistance de l’air est proportionnelle au carré de la vitesse, tandis que la puissance requise est proportionnelle au cube de la vitesse :

P = 0,5 × ρ × CdA × V³ + Crr × m × g × V + (m × a × V)

Où :

  • P est la puissance requise (watts)
  • ρ est la densité de l’air (environ 1,225 kg/m³)
  • CdA est le produit du coefficient de traînée et de la surface frontale (m²)
  • V est la vitesse de déplacement (m/s)
  • Crr est le coefficient de résistance au roulement
  • m est la masse totale du système (cycliste + vélo, kg)
  • a est l’accélération

De cette formule, on peut voir que la puissance et la vitesse ont une relation cubique. Cela signifie que, pour maintenir la même vitesse, une petite augmentation de puissance est amplifiée. Prenons l’exemple d’un cycliste de 70 kg avec un CdA de 0,25 m² : pour rouler à 40 km/h (environ 11,1 m/s), la puissance requise est d’environ 270 W. Si l’on augmente la vitesse de 10 % à 44 km/h (12,2 m/s), la puissance requise augmentera d’environ 33 % pour atteindre 360 W.

Le piège de l’allure positive réside ici : Supposons que l’objectif soit une puissance moyenne de 300 W sur 15 km (vitesse d’environ 41,5 km/h). Si les 5 premiers kilomètres sont parcourus à 330 W (+10 %), la vitesse n’augmente que jusqu’à 43 km/h (+3,6 %), mais le coût métabolique physiologique dépasse de loin la proportion linéaire. C’est la loi inflexible des « rendements marginaux décroissants ». Pire encore, la production de puissance excédentaire dans la première partie ne se traduit pas par un gain de temps proportionnel, mais accumule une grande quantité de déchets métaboliques dans le corps, obligeant le coureur à maintenir la même puissance avec un RPE plus élevé que l’objectif dans la seconde partie, voire à être contraint de ralentir.

2.3 Le « système nerveux central et la vanne de protection » du RPE

Le RPE n’est pas une sensation psychologique illusoire, mais la production issue de l’évaluation globale par le cerveau de « l’état physiologique actuel » et de la « distance restante ». Dans le scénario de l’allure positive, la production de haute intensité des 5 premiers kilomètres entraîne une augmentation brutale de la fréquence respiratoire et une sensation de brûlure intense dans les muscles des jambes, l’indice RPE grimpant rapidement à 8-9 sur l’échelle de Borg CR-10. Le cerveau perçoit qu’il reste « encore 10 km à parcourir » et, pour prévenir des dommages au cœur ou aux tissus musculaires, inhibe inconsciemment la fréquence de décharge des motoneurones α, provoquant une « fatigue centrale ». À ce moment, le coureur a l’impression que ses jambes sont comme coulées dans du plomb ; même avec une volonté psychologique forte, la puissance ne peut pas être maintenue.

Au contraire, la stratégie d’allure négative permet au RPE d’augmenter « en escalier ». La production à 95 % des 3 premiers kilomètres stabilise le RPE à 6-7, la production à 100 % au milieu fait monter progressivement le RPE à 7-8, et lors de la production à 108 % de la fin, bien que la pression physiologique soit énorme, comme le cerveau sait que « la ligne d’arrivée est proche », il autorise un recrutement maximal final des motoneurones. Même si le RPE atteint 9-10, cela ne déclenche pas prématurément un « ralentissement protecteur ». Cette synergie « cognitivo-physiologique » est précisément la base psychologique qui permet à l’allure négative de libérer une puissance excédentaire dans la dernière partie.

3. Mesures clés des paramètres et analyse comparative

Afin de présenter concrètement les différences entre les deux allures, l’auteur a compilé des données issues de tests en laboratoire et sur le terrain. La simulation suivante compare un cycliste amateur élite avec un FTP de 280 W et une fréquence cardiaque au seuil de 170 bpm, effectuant un CLM de 15 km sur terrain plat.

3.1 Tableau comparatif des données mesurées

Tableau 1 : Comparaison des paramètres physiologiques clés entre allure positive et allure négative (15 km / terrain plat)

Paramètre Allure positive (dépassement de 10 % sur les 5 premiers km) Allure négative (95 %-100 %-108 %) Interprétation de la différence
Puissance moyenne des 5 premiers km (W) 330 (+10 %) 266 (-5 %) Intensité initiale trop élevée en allure positive
Puissance moyenne des 5 km du milieu (W) 275 (-8,3 %) 280 (objectif) Ralentissement net déjà visible en allure positive
Puissance moyenne des 5 derniers km (W) 245 (-12,5 %) 302 (+7,8 %) L’allure négative démontre un fort sprint final
Puissance moyenne totale sur 15 km (W) 283,3 282,7 Puissance moyenne totale presque identique
Temps de parcours (mm:ss) 23:48 23:15 L’allure négative est plus rapide de 33 secondes
Lactate sanguin moyen (mmol/L) 6,8 5,9 Accumulation plus faible en allure négative
Pente d’accumulation du lactate sanguin (mmol/L/min) 0,85 0,62 Pente plus douce en allure négative
RPE de pointe post-course (CR-10) 9,8 10,0 L’allure négative va au bout de l’effort à l’arrivée
RPE à la fin des 5 premiers km 8,5 6,5 Indice de souffrance initial extrêmement élevé en allure positive
Indice de chute du RPE au milieu Élevé (perte de puissance) Faible (production stable) Fatigue nerveuse prématurée en allure positive

Tableau 2 : Modèle de répartition de la puissance et de l’allure par segment

Segment de distance Puissance allure positive (W) Vitesse allure positive (km/h) Puissance allure négative (W) Vitesse allure négative (km/h)
0-3 km 330 43,1 266 40,2
3-5 km 330 43,1 280 41,0
5-10 km 275 40,8 280 41,0
10-13 km 260 40,1 302 42,3
13-15 km 245 39,3 302 42,3

À partir des données ci-dessus, on peut observer que, bien que la puissance moyenne totale soit presque identique, le temps de parcours de l’allure négative est plus rapide de 33 secondes. Cela explique physiquement pourquoi une « production uniforme » n’est pas toujours la meilleure solution : lorsque la résistance au vent est la même dans la dernière partie, concentrer la puissance sur la fin permet d’exploiter l’avantage psychologique de « l’augmentation de vitesse » et « l’adaptation retardée » du métabolisme physiologique pour créer une meilleure efficacité mécanique. De plus, la pente d’accumulation du lactate sanguin est significativement plus faible en allure négative (0,62 contre 0,85), ce qui signifie que le corps se trouve dans un état métabolique contrôlable pendant la majeure partie du temps, et que le système tampon des ions hydrogène (système bicarbonaté) n’est pas submergé.

4. Plan d’entraînement périodisé et guide de réglage du matériel

Pour exécuter avec succès une stratégie d’allure négative, il ne suffit pas de la volonté le jour de la course ; un entraînement périodisé à long terme est nécessaire pour permettre au corps de s’adapter au processus dynamique de passage d’une « dominance aérobie » à une « explosion anaérobie ».

4.1 Plan d’entraînement (exemple avec FTP de 280 W)

Phase 1 : Période d’adaptation aérobie de base et au seuil (semaines 1 à 4)

  • Objectif : Augmenter la densité mitochondriale et la capillarisation, retarder l’accumulation du lactate sanguin.
  • Contenu de la séance : 3 fois par semaine, des sorties d’endurance de 90 à 120 minutes en Zone 2 (60-75 % FTP). Compléter avec 1 séance d’« intervalles de croisière » par semaine : 6 x 8 minutes à 95 % FTP, avec 2 minutes de récupération entre les répétitions. L’accent de cette phase est mis sur l’habituation du corps à maintenir un taux d’élimination métabolique stable même à proximité du seuil.

Phase 2 : Période de transition force-endurance et changement de rythme (semaines 5 à 8)

  • Objectif : Renforcer le recrutement neuromusculaire, améliorer la capacité d’accélération finale.
  • Contenu de la séance : Ajouter des « intervalles explosifs en côte » : 4 x 4 minutes à 108-112 % FTP, simulant l’attaque finale. En parallèle, effectuer des « sorties à rythme variable » (Over/Under) : sur 20 minutes, alterner 3 minutes à 100 % FTP et 2 minutes à 90 % FTP, simulant les changements de puissance entre le milieu et la fin de l’allure négative.

Phase 3 : Période de simulation de course et de résilience mentale (semaines 9 à 12)

  • Objectif : Transformer les adaptations physiologiques en stratégie d’allure concrète.
  • Contenu de la séance : Effectuer 1 simulation de contre-la-montre de 15 km par semaine. Exécuter strictement l’allure en puissance « 95 %-100 %-108 % ». Noter précisément le RPE et les données de puissance à chaque kilomètre pour établir un « tableau de correspondance RPE-puissance » personnalisé.

4.2 Réglage du matériel et position de pédalage

  • Réglage de la position aérodynamique : Dans la dernière partie de l’allure négative, lorsque la puissance augmente à 108 %, la résistance au vent devient l’ennemi principal. Il est recommandé d’effectuer un « entraînement d’adaptation à la position aérodynamique » sur home-trainer, afin de garantir que, dans une position à faible traînée, le bas du dos et la nuque puissent maintenir une production stable, évitant d’être contraint de relever la tête et la poitrine en raison d’un inconfort, ce qui augmenterait le CdA.
  • Réglage de la pression des pneus : Ajuster en fonction des conditions de la route. Pour une route rapide et lisse comme la Provincial Highway 61, la pression des pneus peut être réglée à 100-110 psi (environ 6,9-7,6 bar) pour réduire la résistance au roulement ; pour une surface rugueuse comme celle du parcours de Yangmingshan, il est recommandé de la réduire à 85-90 psi pour améliorer le confort et l’adhérence dans les virages, réduisant ainsi la dépense énergétique musculaire inutile.

5. Ravitaillement, adaptation à l’environnement et stratégie de course

5.1 Stratégie énergétique et d’hydratation

Bien qu’un CLM de 15 km soit court, son intensité est extrêmement élevée et le taux de consommation du glycogène hépatique et musculaire est impressionnant. 2 à 3 heures avant la course, il faut ingérer 1 à 2 g/kg de glucides (comme du pain de mie, des bananes, des boissons énergétiques). Pendant la course, bien que la durée soit courte, il est tout de même recommandé d’emporter une gourde contenant 60 à 80 grammes de glucides avec des électrolytes, et de compléter avec 15 à 20 g de glucides (environ 200-250 ml) tous les 5 km. Cela fournit non seulement de l’énergie exogène, mais surtout, via le mécanisme de « rinçage buccal (Mouth Rinsing) », stimule le centre de récompense du cerveau, réduisant la perception du RPE.

5.2 Stratégie d’adaptation à l’environnement

  • Adaptation à la chaleur : Si la course a lieu en été (comme la Wuling Challenge ou le Tour de Hualien-Taitung), l’élévation de la température centrale accélère la fatigue centrale. Il est recommandé d’effectuer un « entraînement d’adaptation à la chaleur » 5 à 7 jours avant la course, en réalisant des sorties à faible intensité dans un environnement à 30-35°C, favorisant l’expansion du volume plasmatique et améliorant l’efficacité de la dissipation thermique. Pendant la course, l’utilisation de serviettes froides ou l’aspersion d’eau froide sur la nuque et les cuisses peut efficacement abaisser la température cutanée et retarder l’augmentation du RPE.
  • Gestion du vent : Lors d’épreuves de longue distance comme « Taipei-Kaohsiung en un jour » ou « Les Deux Tours », si le vent est favorable, il ne faut surtout pas succomber à la tentation de dépasser la puissance cible en raison de la sensation de vitesse ; si le vent est contraire, il faut réduire la production de puissance, maintenir la fréquence cardiaque et le RPE cibles, et conserver de l’énergie pour le sprint final avec vent favorable.

6. Erreurs opérationnelles courantes et démystification scientifique

Mythe n°1 : « En contre-la-montre, il faut donner le maximum de bout en bout »

C’est l’erreur fatale la plus courante. Donner le maximum dès le début entraîne une pente de lactate sanguin trop raide dans la première partie, déclenche le mécanisme de protection de la régulation centrale et provoque un effondrement en avalanche de la puissance dans la seconde partie. Les données scientifiques montrent que, lors d’un contre-la-montre de 20 à 30 minutes, la meilleure stratégie est de « garder une carte en réserve », permettant au RPE d’augmenter de manière stable et linéaire, plutôt que de monter en flèche dès le départ.

Mythe n°2 : « Un RPE plus élevé signifie plus d’effort, donc de meilleurs résultats »

Le RPE est un résultat, pas une cause. Un RPE trop élevé signifie que le système nerveux émet un signal d’alarme. La bonne approche consiste à considérer le RPE comme un « tableau de bord », en s’assurant que sa valeur ne dépasse pas 7 dans la première partie de la course, se maintient autour de 8 au milieu, et ne dépasse 9 que dans la dernière partie. Ignorer les signaux d’alarme du RPE mène souvent à une « casse moteur » en fin de course.

Mythe n°3 : « L’allure négative signifie que la première partie est trop lente, ce qui fait perdre du temps »

Beaucoup pensent qu’une production à 95 % dans la première partie est trop prudente. Cependant, d’après la courbe cubique puissance-temps, la perte de vitesse de 3 à 5 % dans la première partie ne coûte qu’un temps minime ; en revanche, cela permet de produire 8 à 10 % de puissance supplémentaire dans la seconde partie, ce qui crée un avantage de temps considérable à la fin. Comme le montre le tableau 1, la puissance moyenne totale est la même, mais l’allure négative est plus rapide de 33 secondes.

Mythe n°4 : « Il suffit de s’entraîner à l’allure de course »

Si l’entraînement se fait toujours à allure positive (rapide au début, lente ensuite), le cerveau associera la « douleur » à un « exercice de longue durée », ce qui empêchera de réveiller l’explosivité nerveuse dans la dernière partie de la course. L’entraînement doit délibérément pratiquer le rythme « retenue au début, libération à la fin », afin que le cerveau apprenne à donner l’ordre d’un sprint maximal même en état de fatigue.

7. FAQ des experts

Q1 : Si ma course cible est un contre-la-montre en côte (comme la montée de Wuling), la stratégie d’allure négative est-elle toujours applicable ?
R1 : Tout à fait applicable, et même plus cruciale. En montée, la gravité prédomine, la demande en puissance et la vitesse ont une relation linéaire (P ∝ m × g × V × pente), et non pas une relation cubique comme sur le plat. Par conséquent, une production excessive dans la première partie peut certes permettre d’obtenir une vitesse de montée plus élevée, mais elle est extrêmement destructrice pour les muscles. Dans un CLM en côte, il est recommandé d’adopter un départ « encore plus prudent » (90-93 %), car les sections de montée n’offrent pas de possibilité de récupération en descente ; une fois le lactate accumulé, il est difficile de récupérer par l’inertie. Concentrer le feu sur la partie finale moins pentue ou sur les 500 derniers mètres avant l’arrivée est une clé de victoire courante.

Q2 : Comment maîtriser précisément les puissances de « 95 %, 100 %, 108 % » ? Que faire si je n’ai pas de capteur de puissance ?
R2 : Le capteur de puissance est l’étalon-or de l’entraînement scientifique. Sans capteur de puissance, on peut utiliser le « double indicateur fréquence cardiaque et RPE ». Dans la première partie, contrôler la fréquence cardiaque sous 95 % de la fréquence cardiaque au seuil (FCS), avec un RPE maintenu à 6-7 ; au milieu, maintenir la fréquence cardiaque autour de la FCS, avec un RPE d’environ 8 ; dans la dernière partie, libérer la limite de fréquence cardiaque et laisser le RPE grimper à 9-10. Il est impératif d’effectuer un « test d’étalonnage du RPE » avant la course pour mémoriser les sensations aux différentes intensités.

Q3 : La stratégie d’allure négative, avec une première partie trop lente, ne risque-t-elle pas de laisser l’adversaire prendre une avance trop importante et de provoquer un effondrement mental ?
R3 : C’est le plus grand défi psychologique. Il est recommandé d’effectuer une « course simulée » avant l’épreuve, avec un partenaire de niveau similaire, pour s’entraîner à maintenir son propre rythme même lorsque l’autre part fort. Rappelez-vous, un contre-la-montre est une course contre soi-même. Le « retard » dans la première partie est destiné au « retournement » dans la seconde. Observez le RPE et les données de puissance ; tant que vous confirmez que vous exécutez le plan, il n’y a pas lieu de paniquer.

Q4 : Pendant la course, si je rencontre du vent contraire ou une côte, comment ajuster mon allure ?
R4 : Cela met à l’épreuve la capacité d’adaptation en temps réel. Face à un vent contraire ou une côte raide, il ne faut surtout pas augmenter brutalement la puissance pour maintenir la vitesse. Il faut immédiatement réduire la puissance cible de 5 à 10 %, se concentrer sur le maintien d’une cadence de pédalage stable (85-95 rpm), et contrôler le RPE dans la plage prévue. Considérez ces sections comme des « segments de récupération » ; lorsque le vent faiblit ou que la pente s’adoucit, revenez à la puissance cible. C’est précisément le concept de l’« allure négative variable ».

Q5 : Après la course, l’accumulation de lactate sanguin provoque des courbatures musculaires extrêmes. Comment récupérer rapidement ?
R5 : Dans les 10 minutes suivant la course, effectuez 10 à 15 minutes de pédalage à très faible intensité (Zone 1, environ 100-120 W) pour favoriser la circulation sanguine et accélérer l’élimination du lactate et des ions hydrogène. Ensuite, consommez 30 à 50 grammes de glucides à absorption rapide et 15 à 20 grammes de protéines (comme du lait au chocolat) pour reconstituer rapidement le glycogène et lancer les mécanismes de réparation musculaire. N’oubliez pas que le repos statique retarde au contraire l’élimination des déchets métaboliques.

En conclusion, l’art de l’allure dans un contre-la-montre de 15 km est un jeu de précision physiologique et psychologique. Grâce à la surveillance de la pente d’accumulation du lactate sanguin et à la gestion intelligente du RPE, la stratégie d’allure négative vous permettra non seulement de libérer une puissance étonnante dans la dernière partie, mais aussi de savourer le plaisir suprême de la compétition qu’est la « remontée ». L’entraînement scientifique commence par le contrôle de votre premier coup de pédale.

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